Yves Tyrode : l'homme du digital chez BPCE
Physicien de formation, Yves Tyrode n’en a clairement pas fini avec le monde turbulent des constituants fondamentaux de l’univers. Arrivé voici un an chez BPCE pour superviser sa transformation digitale avec le titre de chief digital officer au sein du comité de direction, Yves Tyrode a une double compétence puisqu’il est également passé par l’Ecole nationale supérieure des télécommunications. " Le physicien cherche à comprendre le monde qui l’entoure, l’ingénieur, lui, invente et crée ", tient d’ailleurs à faire remarquer celui qui planche aujourd’hui d’arrache-pied pour " transformer, co-créer, générer de la richesse et de l’émotion ", selon sa propre expression.
Il faut dire que le monde du digital, il le connaît bien. Avant d’arriver chez BPCE, il dirigeait depuis 2 ans les activités digitales de la SNCF après avoir été directeur général du groupe Voyages-sncf.com. De 1991 à 2006, il a également occupé différentes fonctions au sein de France Telecom, devenu Orange, où il a notamment chapeauté le Technocentre, la Business Unit data, le pôle Mobile internet for business ou Paging Tatoo.
Aujourd’hui, cet ancien passionné de rugby converti aux plaisirs de la petite balle jaune sur terre battue, se sent investi d’une vaste mission. C’est François Pérol en personne qui l’a convaincu de venir rejoindre BPCE. "Je n’avais pas prévu de quitter la SNCF. Mais j’ai été séduit par l’ampleur du projet de transformation digitale et les moyens mis en oeuvre pour y parvenir ", lance Yves Tyrode. Et de fait, une véritable task-force d’une quarantaine de personnes a été constituée. Elle est composée aussi bien de forces internes qu’externes. "On est ici dans le co-management où toutes les compétences doivent se mélanger, les idées provenir de différents univers, l’objectif étant de ne pas plaquer un modèle préfabriqué qui ne marcherait pas ", précise le responsable.
Les grands principes de cette réorganisation avaient, certes, déjà été discutés en haut lieu avant qu’Yves Tyrode n’arrive. Mais c’est avec sa connaissance du secteur et son expérience d’entrepreneur (en 1999, il a créé sa start-up revendue depuis à Orange) qu’il va maintenant devoir "bâtir une œuvre collective ". S’il ne connaissait pas bien le monde bancaire en arrivant, il a profité de cette première année pour aller visiter un grand nombre d’établissements en région, écouter les salariés, entendre les attentes de la clientèle et entrer de l’intérieur dans le modèle économique d’une grande banque, sachant qu’à l’échelle du groupe ce sont près de 500 personnes qui planchent sur le sujet de la digitalisation.
Le chantier est effectivement imposant, 3 grandes plateformes ayant été constituées pour faire avancer le projet : celle chargée de faire évoluer l’organisation des équipes ; celle centrée sur le changement du parcours client (aussi bien pour les particuliers que les entreprises) ; celle enfin dédiée à la data comme outil de production, outil de communication (en ouvrant par exemple les datas d’entreprise) avec la volonté de mieux la manager en interne et mieux cerner les besoins de la clientèle. Vaste challenge qui ne fait manifestement pas peur à celui qui fait tous les jours 15 km à vélo pour venir travailler et profite de ses moments de libre pour côtoyer des gens qui ne lui parleront surtout pas de digital.
D’autant plus qu’il a également à charge de mettre à niveau et de lancer en France (avant d’aller un peu plus loin par la suite) d’ici à six mois Fidor, petite banque allemande rachetée il y a peu par BPCE. A la différence des autres banques en ligne déjà sur le marché, Fidor se veut une néo-banque pour "geeks ", une banque communautaire répondant à des besoins bien précis et assez sophistiqués, comme le financement de start-up ou le paiement en Bitcoins. L’établissement compte déjà 200.000 clients pour une communauté de 500.000 personnes. "Sur ce dossier, je ne veux pas aller plus vite que la musique. Nous travaillons dans l’objectif de développer une offre nouvelle, ce serait une bêtise de faire des annonces prématurées ", lance avec une moue entendue ce père de 2 filles qui a retenu de son ancienne expérience d’entrepreneur quelques leçons de sagesse dont celle de garder, en toutes circonstances, son calme.
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