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Benoît Claveranne : de l’infiniment grand et l’infiniment petit chez AXA

Celui qui a été nommé CEO de l’international et des nouveaux marchés en décembre dernier, couvre des pays aussi différents que le Mexique ou la Malaisie. Les objectifs ambitieux qui lui ont été fixés ne font pas peur à cet ancien directeur de la transformation, passé par le FMI, la Banque mondiale et les écoles les plus prestigieuses.
Benoît Claveranne
Benoît Claveranne

C’est à un passionné de cartes (de géographie) que Thomas Buberl, patron d’AXA, a confié en décembre 2017 la direction de l’international et des nouveaux marchés, à savoir Benoît Claveranne. En effet, après avoir pensé la transformation du groupe pendant deux ans ensemble, il est apparu évident aux dirigeants que les plus petites entités ne devaient pas être traitées de la même manière que les 10 pays matures (France, Etats-Unis...) ou que les six à déjà haut potentiel (Chine, Brésil...) dans lesquels AXA est déjà bien installé. Dorénavant, c’est donc Benoît Claveranne qui couvre les 26 Etats sur lesquels l’assureur a des convictions et ceux dont il faudra parfois se séparer. Le CEO passe ainsi plusieurs heures chaque mois dans le ciel pour rejoindre le Mexique, en passant par la Malaisie et la Pologne. Et ses objectifs ambitieux – à savoir doubler les résultats en trois ans – ne l’empêchent pas d’être très serein.

Il faut dire que le dirigeant n’en est pas à son coup d’essai. Tout a commencé comme un roman balzacien. A 17 ans, Benoît Claveranne, fruit d’une rencontre entre un père basque et une mère alsacienne, quitte sa banlieue lyonnaise pour rejoindre Paris. "A l’époque les Gascons devenaient mousquetaires, maintenant ils deviennent hommes d’affaires et parcourent le monde avec le même esprit de conquête", s’amuse celui dont le nom est originaire du Béarn. Après des études en économie, il s’oriente vers Normale Sup, où ces "quelques années magiques" lui feront découvrir les auteurs et la littérature. Celui qui ne peut pas finir une journée sans avoir lu un livre complétera ensuite son cursus avec Sciences Po puis l’ENA (promotion Copernic).

Entre temps, après l’agrégation, Benoît Claveranne s’est lancé dans une thèse, à laquelle il n’a jamais mis de point final. Le sujet : la prise en compte des actifs dans la politique monétaire. La vie étant parfois joueuse, une dizaine d’années plus tard, sa problématique lui revient comme un boomerang. Au FMI, alors qu’il était suppléant de l’administrateur français, la crise éclate. "Les banques centrales ne savaient pas comment prendre en compte les actifs. C’est l’une des grandes leçons de la crise : la politique monétaire doit aller au-delà de l’inflation", explique-t-il. Outre les enseignements en matière de gestion de crise, Benoît Claveranne a également bénéficié de tuyaux à Washington. Ainsi, l'un de ses supérieurs lui avait-il confié avoir senti le vent tourner ne serait-ce qu'à cause du taux d'occupation des parkings du FMI. Les trois niveaux étaient pleins, chose qui n’arrivait que lorsque les demandes et rencontres s’accumulaient.

L’expérience de 2008 a été des plus formatrices pour Benoît Claveranne qui a également accompagné Dominique Strauss-Khan lors de sa prise de fonction : "Sur le plan politique et économique, il était au-dessus de la norme". Avant le FMI, Benoît Claveranne a eu des expériences au Trésor, où il avait travaillé sur les affaires africaines, et à la Caisse des Dépôts et Consignations ainsi qu'à la Banque Mondiale, au début des années 2000 quand il était question d'annuler la dette insoutenable des pays pauvres en échange de mesures pour lutter contre cette même pauvreté.

Du public à AXA

Destiné à être haut fonctionnaire, Benoît Claveranne choisira pourtant en quelques heures de rejoindre AXA en 2009, convaincu par le discours d’internationalisation porté par les dirigeants de l’époque. En quasiment neuf ans au sein du groupe, l’homme aura occupé des postes divers et variés. Parmi ceux qui l’ont marqué : celui de directeur du réseau Prévoyance & Patrimoine d’AXA France, à une période où l’utilisation de la digitalisation n’était encore qu’un très gros point d’interrogation. "La question centrale c’est ce qu’attendent les clients et comment on transforme en conséquence. Le reste c’est soit trop théorique, soit trop technique", estime Benoît Claveranne pour qui le vrai défi est l’omnicanal, meilleure manière pour que tous les types d’assurés y trouvent leur compte.

Notre interlocuteur a également pu durant cette période éprouver son management. Et avec le temps, ses certitudes en la matière n’ont fait que se renforcer. Pour lui "un bon leader, c’est quelqu’un qui voit large, qui est capable d’allier les problématiques économiques, financières, marketing, humaines, technologiques etc. C’est aussi quelqu’un qui sait créer une atmosphère de confiance et quelqu’un d’authentique. Enfin, il doit être capable de combiner les options, même lorsqu’elles sont divergentes".

Benoît Claveranne a également sévi en Asie, en qualité de DG de l’activité Vie, Epargne, Retraite. Il y a aimé le challenge du "Far Est", comme il le qualifie lui-même. Un territoire étendu où la croissance exponentielle demandait une vraie vision, une appréciation des enjeux et une connaissance de la culture. Et de citer Bill Gates pour qui les gens sur-estiment le changement à un an mais le sous estiment à dix ans. Aujourd’hui d’ailleurs, la zone Asie (1,1 milliard d’euros de résultat opérationnel, +7%) n'a rien à envier aux Etats-Unis (1,1 milliard d'euros, +16%),

A l’été 2016, Benoît Claveranne revient à Paris avec sa famille, au grand dam de ses deux fils, qui lui ont depuis pardonné. Thomas Buberl lui demande alors de réfléchir à la transformation du groupe. "Les gens sont plus ouverts au changement que ce que l’on pense. Mais il faut prendre le temps d’expliquer la direction que l’on choisit et raconter une histoire crédible d’aventure collective". Celui qui aime "mêler le détail et la vue d’ensemble" est aujourd’hui servi dans ses nouvelles fonctions, où il doit traiter les spécificités de pays très différents tout en les faisant adhérer aux mêmes valeurs d’un groupe.

 

 

 

 

 

 

 

 

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