Mathias Vicherat : un Senghorien à la SNCF
Mathias Vicherat n’est entré en fonction qu’il y a quelques semaines. Pourtant celui qui a pris en janvier le poste nouvellement créé de directeur général adjoint en charge du projet d’entreprise et de la communication à la SCNF est bel et bien dans le bain. L’intéressé, qui s’était d’ailleurs préparé en amont, est depuis déjà allé sur le terrain que ce soit à Nantes ou à Rennes. Car si Mathias Vicherat sait qu’observer est encore très important à ce stade, il a également conscience que l’on attend de lui des capacités d’adaptation et d’arbitrage rapides. Entre deux rendez-vous, dont un petit-déjeuner avec un patron du CAC 40, il nous reçoit au campus du groupe ferroviaire situé à Saint-Denis. Après s’être enquis si nous comptions revenir sur sa vie priée -l’homme partageant la vie de Marie Drucker- Mathias Vicherat rentre dans le vif du sujet : Énarque militant ayant œuvré au sein de préfectures, il a également été le bras droit de Bertrand Delanoë et d’Anne Hidalgo avant de rejoindre la SCNF, dont il est membre du comité exécutif.
Son envie de faire l’École nationale d’administration est née au lycée lors d’une sorte de roadshow mené par d’anciens élèves de l’ENA à l’occasion des 50 ans de leur établissement. "J’avais été assez impressionné par la manière dont ils parlaient. Je m’étais dit ‘tiens, j’aimerais bien parler comme eux’. C’est-à-dire pas seulement avec un sujet, un verbe et un complément, mais avec une pensée articulée, en deux parties, deux sous-parties etc.", explique Mathias Vicherat, alors élève au lycée Voltaire, classé en ZEP. Ce dessein a ensuite été confirmé par l’école Sciences Po Paris elle-même que l’intéressé, titulaire d’un DESS de gestion publique et d’un DEA de sciences politiques, a intégrée après une hypokhâgne à Victor Duruy.
Une face militante
C’est ainsi que Mathias Vicherat sortira en 2004 diplômé de la fameuse promotion Léopold Senghor, comparée aujourd’hui à la promotion Voltaire qui a notamment accueilli François Hollande. Il a ainsi côtoyé Emmanuel Macron, candidat à la présidentielle, ou encore Sébastien Proto de chez Rothschild. Mathias Vicherat émet plusieurs hypothèses quant à la notoriété de sa classe. La première est quantitative puisque 137 élèves y ont été recensés en cette année de fin de service militaire. Le choc du 21 avril 2002 n’y serait pas non plus étranger : "Nous ne pouvions plus voir l’administration comme une simple courroie de transmission mais comme un engagement". Enfin, il s’agit de la seule promotion, "très rebelle", à avoir fait annuler son classement par le Conseil d’État. Décision à laquelle Mathias Vicherat a œuvré en tant que délégué syndical.
Son côté militant a sans doute également joué par la suite dans ses choix de postes en préfecture. Il a d’abord travaillé comme "couteau suisse", c’est-à-dire en tant que directeur de cabinet du Préfet de Picardie, avant de devenir sous-Préfet chargé de Bobigny. Fonction peu disputée s’il en est. "Pendant la période de violences urbaines ça a été dur, mais ça m’a permis d’éprouver le travail de l’administration auprès de la population et des élus et surtout avec quelque chose qui m’a toujours habité : avoir un sentiment d’utilité", confie celui qui est né en Seine-Saint-Denis où il a également passé une partie de son enfance. Mathias Vicherat n’a d’ailleurs pas que des passions élitistes (ou en tout cas vu comme tel) puisqu’il est l’auteur d’un livre sur le rap français.
Son engouement pour ce style de musique ne l’a pas quitté à la mairie de Paris, qu’il a ralliée en 2010 après avoir passé deux ans à la police nationale. Parmi tous les sujets qu’il a eus sur la table, de Roland-Garros en passant par la candidature aux JO ou les attentats, il a notamment aidé à la création de La Place, un centre culturel dédié au Hip Hop. Il est également fier que la capitale ait mis en place un budget participatif de 500 millions d’euros afin que des projets proposés par des Parisiens puissent voir le jour. À l’Hôtel de Ville, il a connu la fin du dernier mandat de Bertrand Delanoë, d’abord en tant que directeur adjoint de cabinet puis en lieu et place de Nicolas Revel parti à l’Élysée, avant de passer deux ans et demi aux côtés d’Anne Hidalgo. "Elle a ce que beaucoup de gens n’ont plus : une capacité sincère d’émerveillement et d’indignation", rapporte Mathias Vicherat qui n’a pas pour autant sa carte du PS. Et de son côté, que lui faillait-il pour être un bon bras droit ? De la loyauté, une capacité à se mettre à la place de son chef, à proposer mais aussi à s’opposer.
Un œil neuf à la SNCF
Puis, après six ans et demi de bons et loyaux services à la Ville de Paris, le temps du changement a sonné pour celui qui est devenu dans la même période papa à deux reprises. "Ce n’était pas de gaieté de cœur mais il faut éviter d’arriver au stade où l’on fonctionne avec des automatismes. Je ne voulais pas arriver à ce moment où l’imagination ne serait plus au pouvoir dans ma tête", explique Mathias Vicherat.
Après plusieurs propositions et à 38 ans, il a décidé de rejoindre la SNCF, pilotée par Guillaume Pepy, qu’il a eu l’occasion de croiser à plusieurs reprises auparavant. "C’est une entreprise particulière. On sent un supplément d’âme chez les agents et les salariés, et cela anime les dirigeants", estime le nouveau directeur qui fait volontiers l’article de sa nouvelle maison. Son œil neuf a un double rôle au sein du groupe. Il se doit d’être en amont sur des sujets comme l’identité de la firme et en aval sur des questions de communication comme l’image ou la gestion de crise. Et pour la suite ? "Je n’ai absolument pas de plan à dix ans. J’ai envie d’avoir des vies professionnelles variées, même si je n’aimerais pas avoir un passage trop furtif à la SNCF. Je fonctionne aussi un peu à l’instinct".
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

