Sébastien Badault un pionnier du web à la tête d'Alibaba France
C'est l'histoire d'un Français qui a très tôt compris le potentiel d'internet et pris le virage du web alors qu'il n'en était qu'à ses balbutiements. Sébastien Badault, nommé il y a trois ans managing director France d'Alibaba n'a en effet pas attendu les années 2000 pour travailler dans le secteur. Arrivé à 14 ans sur le territoire américain où son père a été muté, il se passionne dès l'université, au début des années 1990, pour internet. Au Boston College où il étudie le marketing, son coloc ingénieur en IT, a déjà une connexion à la toile dans sa chambre, ce qui à l'époque est précurseur. "Je me souviens que nous choisissions les soirées étudiantes où nous voulions aller en surfant sur les forums, très développés à l'époque sur les réseaux locaux", raconte l'intéressé. En sortant de son bachelor, il obtient un premier poste dans une start-up, une plateforme de sports en ligne, avant de travailler pour une agence de publicité à New York.
Il rentre ensuite en France, où il fait un nouveau master à l'ESC Toulouse, afin d'avoir un double diplôme et de se réadapter au système français. A sa sortie d'école, il retourne en start-up, chez Textuel La Mine, une des premières agences web axée sur la production de contenu pour les marques, depuis rachetée par TWA. "A l'époque beaucoup d'entreprises commençaient à lancer des plateformes sans trop savoir quoi mettre dessus", raconte Sébastien Badault. Après deux ans comme directeur des ventes et du marketing, il rejoint cette-fois Amazon, en 1999. Soit un an avant l'explosion de la bulle internet.
L'entreprise, qui à l'époque ne vend encore que des livres, des jeux vidéos et des disques en ligne passe de 75 dollars à 7 dollars en bourse en l'espace de deux ans. "A 7 dollars n'importe qui aurait pu racheter Amazon à l'époque. Quand on pense qu'une action de l'entreprise vaut plus de 1.700 dollars en bourse aujourd'hui...", rappelle Sébastien Badault, songeur. Malgré les tumultes boursiers et l'effondrement du secteur, l'entreprise fait le gros dos et maintient sa présence en France. Sébastien Badault y est tout d'abord chargé de chapeauter et structurer l'équipe marketing composée au départ d'une petite dizaine de personnes seulement. Aujourd'hui ils sont plus d'une centaine dans l'équipe et le siège Amazon France compte environ 5.000 personnes contre une centaine lorsque Sébastien Badault quitte l'entreprise, cinq ans plus tard, après avoir été également responsable du business développement pour la zone euro.
C'est un autre géant du web qui le débauche à l'époque, Google, après que le patron Europe d'alors lui a "fait plusieurs appels du pied". Ce qui motive alors Sébastien Badault ? Le côté pionnier de l'entreprise, qui souhaite donner accès à tout le monde à la publicité en ligne. "J'ai beaucoup aimé chez Amazon cette logique de vouloir donner accès à la culture à tous, et penser qu'une personne isolée dans la Creuse pourra lire les mêmes classiques que quelqu'un qui habiterait dans une grande ville". Pour lui, Google représente le même objectif mais dans un autre secteur : changer le modèle publicitaire et permettre à n'importe quelle entreprise de faire elle-même sa promotion. Le Français rejoint donc le moteur de recherche en 2004 (et après 16 entretiens), au bureau de Paris, qui compte déjà une trentaine de personnes et représente plusieurs centaines de millions d'euros. Tour à tour directeur de la stratégie et des opérations, puis responsable des ventes pour la France puis directeur des grands comptes, Sébastien Badault passe plus de dix ans chez Google dont il assiste à l'explosion. "Quand je suis arrivé en 2004, le premier acteur de la publicité en France était TF1, très loin devant Google. Aujourd'hui Google est le plus gros acteur au niveau mondial. L'entreprise a véritablement bouleversé le monde publicitaire".
En novembre 2015, il franchit cette fois de nouveaux horizons puisque le géant chinois Alibaba le contacte pour devenir managing director France. Un beau challenge pour celui qui connaît bien la culture américaine mais pas du tout celle de l'empire asiatique, et alors que le nombre de sociétés de la tech chinoises implantées dans l'Hexagone se comptent sur les doigts de la main. Sa mission en France pour la place de marché en ligne chinoise ? Permettre à des marques françaises d'aller vendre leurs produits sur le territoire chinois, où la classe moyenne en pleine expansion, est friande de biens de consommation et de luxe. "Sur les cinq dernières années, 100 millions de foyers sont entrés dans la classe moyenne. Or quand un Chinois y accède, il veut dépenser son argent en montant en gamme dans les produits achetés. Il va donc acheter de la marque. Cela représente une véritable évolution dans l'acte de consommation, dont les marques françaises peuvent bénéficier", poursuit le MD. Sachant que les Chinois sont des adeptes des cosmétiques, des vins et des produits de puériculture, trois domaines où la France excelle.
Autre aspect du développement d'Alibaba en France, pousser la destination auprès des touristes chinois, qui passent par la plateforme de voyage que détient le groupe (Fliggy, ex-Alitrip). Depuis trois ans, Sébastien Badault, qui se rend en Chine toutes les six semaines au moins, a dû apprendre à jongler entre deux cultures très différentes, avec une relation au temps selon lui diamétralement opposée. "Les Chinois sont très bons dans l'exécution mais moins axés planification. Alors que les Français ont un côté cartésien qui aime bien tout prévoir." Malgré un travail très prenant, le Français trouve le temps de s'occuper de ses enfants, et profite de ses très longs trajets en avion pour lire et écouter toutes sortes de podcasts. "Les choses évoluent tellement vite dans le monde de la technologie, c'est un univers vraiment fascinant, et nous n'en sommes qu'au tout début", conclut le passionné.
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