Les rémunérations des grands patrons suisses en baisse de 7%
A la question de savoir si la réglementation joue sur les niveaux de rémunération, la réponse est oui. Au moins en Suisse. Selon une étude publiée par Ethos (Fondation suisse pour un développement durable), les enveloppes versées aux dirigeants des grandes entreprises helvètes ont reculé en 2017. Les patrons des groupes de l’indice SMI ont vu leurs émoluments baisser de 7% en un an à 6,8 millions de francs (5,86 millions d’euros). Tandis que celles des CEO des 27 sociétés suivantes (indice SMIM) ont diminué de 8% à 3,7 millions de francs (3,19 millions d’euros). « Les droits accordés aux actionnaires en matière de rémunération depuis l'entrée en oeuvre de l'initiative Minder permettent de freiner les excès », considère Ethos.
Pour mémoire, l’initiative en question, dite « contre les rémunérations abusives », a été votée en 2013 par plus de 67% des Suisses, ainsi que par tous les cantons. Dans un premier temps, une ordonnance d’application a été promulguée et est entrée en vigueur en janvier 2014. Depuis, le pays a planché sur une réforme du droit de la société anonyme qui doit prendre le relais sur l’ordonnance. L’occasion de rediscuter des différents modes de rémunérations et de leurs calculs. Et finalement, les bonus ne devraient pas être plafonnés, en revanche les parachutes dorés resteraient interdits.
Plus globalement, dans son étude publiée aujourd’hui sur les assemblées générales 2018, Ethos constate une stabilisation des rémunérations sur les trois dernières années. « Cependant, certains niveaux de rémunération restent trop élevés et pas toujours en lien avec la performance des sociétés. » Ainsi, conformément à ses lignes directrices, Ethos a recommandé de refuser 35% des votes contraignants sur la rémunération du conseil d’administration et 33% des votes contraignants sur la rémunération de la direction générale, fait valoir le document.
Sont particulièrement visées, les rémunérations du secteur financier, où « le lien entre la rémunération des dirigeants et la performance financière de la société n’est pas démontré ». Le document estime que la stabilité des rémunérations des instances dirigeantes de ce secteur contraste avec la chute de près de 44% depuis 2009 des bénéfices des 26 sociétés financières parmi les 100 plus grandes capitalisations et avec la baisse de 7% du nombre d’employés de ces sociétés.
A noter également que les propositions relatives aux rémunérations des instances dirigeantes (conseil d’administration et direction générale) « restent particulièrement contestées ». Le vote consultatif du rapport a été approuvé par 87% des voix en moyenne. Et plus de 21% de ces propositions ont reçu moins de 80% de soutien. Ce qui contraste avec les chiffres dans leur globalité puisque sur un total de plus de 3.500 propositions soumises au vote en AG en Suisse, le taux d’approbation moyen s’est élevé à 96,6% en 2018. Toutefois, 27 propositions dans des sociétés avec un actionnaire de contrôle (c’est-à-dire possédant au moins un tiers des droits de vote) n’auraient pas été approuvées si l’on avait tenu compte du seul vote des autres actionnaires, selon Ethos.
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