EssilorLuxottica : pas de mainmise italienne ?
Une partie du voile sur la gouvernance d'EssilorLuxottica vient d'être levé. Dès 10h30 ce jeudi, s'est ouverte la première assemblée générale ordinaire et extraordinaire du nouvel ensemble né du rapprochement entre le Français Essilor et l'Italien Luxottica. Et les investisseurs ainsi que les experts attendaient de pied ferme ce rendez-vous, notamment sur le sujet des nominations et rémunérations.
Sur le premier, l'Italien avait semé le trouble. Pour mémoire, depuis leur fusion en octobre, le directeur général d'Essilor, Hubert Sagnières, et le fondateur du lunetier italien, Leonardo Del Vecchio, se partagent les commandes du nouvel ensemble pour trois ans. Les accords conclus entre les deux fiancés prévoyaient que la recherche d'un futur directeur général soit confiée à un "comité des nominations et des rémunérations". Mais le 5 novembre, un porte-parole de Leonardo Del Vecchio a déclaré qu'il comptait proposer "immédiatement" la candidature de Francesco Milleri, administrateur délégué du lunetier italien, au poste de DG. Ce qui avait provoqué des levers de boucliers, notamment de la part de Proxys, comme Phitrust ou Proxinvest, qui espéraient que les termes du mariage soient respectés et que la fusion ne ressemble à une prise de contrôle italienne déguisée.
"Les propos de M. Del Vecchio sur M. Milleri ont soulevé beaucoup de questions", mais "nous pouvons dire aujourd'hui qu'une telle nomination n'est pas à l'ordre du jour", a déclaré lors de l'AG Olivier Pécoud, le président du comité des nominations du nouveau groupe. La recherche du futur patron opérationnel est prévue pour l'an prochain. Pour sa part, l'Italien octogénaire à l'origine de l'incendie a nuancé quelque peu son propos, indiquant qu'il n'avait qu'exprimé "ses désirs pour l'avenir". "Je suis tout à fait conscient qu'il y a un comité qui s'occupe de ces décisions, et quand le moment sera venu, je m'en remettrai au comité et au conseil d'administration, dans le respect des accords signés", a-t-il ajouté. A noter néanmoins que les comités sont formés d'administrateurs dont huit issus d’Essilor et huit de Luxottica, et donc que des tractations en vue de pousser un candidat plutôt qu'un autre ne sont pas impossibles.
Autre sujet, lié au premier : les rémunérations des dirigeants. Il est prévu une rémunération identique pour Leonardo Del Vecchio, qui occupe la fonction de PDG d’EssilorLuxottica et Hubert Sagnières celle de vice-PDG délégué d’EssilorLuxottica, qui est doté des mêmes pouvoirs que l'Italien. Il a été proposé aux actionnaires d'acter pour chacun un fixe de 1,15 million d’euros, un bonus maximum de 200 % du fixe et 50.000 actions de performance. Ce qui a fait couler de l'encre ? Jusque-là, le fixe d'Hubert Sagnières était de 800.000 euros. Or, certains experts, comme Proxinvest, se sont étonnés, estimant qu'une fusion était l'occasion de faire des synergies. Or ladite fusion prévoit pour le moment deux patrons et une enveloppe plus importante qu'avant. Ce qui pourrait à l'inverse se justifier par la taille plus importante du groupe à gérer et la nécessité, comme on l'a vu plus haut, de défendre les intérêts français. Toujours est-il que les actionnaires se sont prononcés sur le sujet aujourd'hui. Et les résultats ne sont pas fameux : seulement 61,42 % d'entre eux ont dit "oui" au say on pay.
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