Les conseils, sans détour, d’AllianceBernstein aux PDG européens
AllianceBernstein ne passe pas par quatre chemins. Dans une note, Sharon Fay, directrice du département actions chez AB, Tawhid Ali, CIO - actions européennes chez AB et Andrew Birse, gérant de portefeuille - actions européennes chez AB, interpellent les PDG européens. "Peut-être aurions-nous dû nous exprimer bien avant. Mais nous ne pouvons plus attendre : les fonds de LBO sont à votre porte", commencent ainsi les auteurs. Ces derniers estiment que les dirigeants de sociétés ne prêtent pas suffisamment attention aux conseils de leurs actionnaires - dont le gérant d’actifs fait partie. Une sourde oreille qui pourrait leur coûter leur indépendance.
"Les investisseurs européens en actions boudent depuis bien trop longtemps la communication avec les équipes dirigeantes des entreprises du continent", poursuivent les experts. Et d’expliquer que les torts sont peut-être partagés. Certes les actionnaires n’ont pas toujours suivi les exemples de leurs homologues américains, qui "ont l'habitude de tisser des liens avec les dirigeants d’entreprises en amont, dans le but de les inciter à mettre en place des mesures favorables au rendement". Mais les entreprises repoussent aussi parfois les tentatives des porteurs de parts.
"Le temps du changement est venu", martèle AllianceBernstein. Le gérant cite deux exemples. D’abord celui de Melrose Industries qui a lancé une OPA hostile sur le groupe britannique d’ingénierie GKN, dans lequel AB a des parts. Est également évoquée la tentative de rachat du groupe suédois Modern Times par l’opérateur danois de télécommunications TDC Group, après avoir lui-même reçu une offre de rachat d’un fonds d’infrastructures. "Dans les deux cas, les équipes dirigeantes ont refusé de prendre en compte les recommandations constructives émises par leurs actionnaires, lesquelles auraient pu les aider à améliorer leurs performances et à conserver leur indépendance", estiment les auteurs. Et d’ajouter : "Rendues plus vulnérables par leurs faiblesses stratégiques, les deux entreprises ont été victimes de rachats hostiles et se sont vu imposer des mesures similaires à celles que leurs actionnaires auraient prônées".
Or AllianceBernstein rappelle que les fonds de private equity disposent de réserves de liquidités considérables et sont en quête de cibles. Ainsi, AB ne ferme pas la porte à un changement de méthode : "Vous ne pourrez pas (…) tomber des nues quand vous comprendrez que nous avons finalement décidé de les aider." Afin d’éviter les mauvaises surprises, AB a dressé la liste de ce qu’il attendait des dirigeants : se doter d’une stratégie claire, débattre, ne pas reporter les décisions difficiles, écouter les sceptiques, aligner leurs objectifs avec ceux de ses actionnaires. "Nous préférerions capter la valeur produite grâce à votre dur labeur par le biais du cours de l’action de votre entreprise, plutôt que d’en faire cadeau à un autre acteur du marché." Le propos est on ne peut plus clair.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

