Les problèmes sans fin de General Electric
"Frustré", le board de General Electric n’aura pas attendu très longtemps avant de se lasser de John Flannery, qui avait eu la lourde tâche de reprendre la main après l’emblématique Jeff Immelt en août 2017. A peine plus d’un an après, il vient de décider à la surprise générale de remercier le vétéran du groupe, qui a passé 31 ans dans la maison avant d’accéder au rôle de CEO. Et de le remplacer par Larry Culp, l’ancien dirigeant de Danaher, un autre conglomérat industriel basé à Washington mais aussi membre du board de GE depuis avril dernier et qui avait donc sans doute été adoublé par John Flannery lui-même.
La raison de cette décision inattendue ? Le nouveau dirigeant ne serait pas allé assez vite pour mettre en place la transformation du groupe, qui de son propre aveu au printemps dernier, était dans une situation bien plus détériorée qu’attendu. Le nouveau patron a cherché à trouver ses marques dans ce mastodonte avant d’annoncer ses premières décisions en juin dernier, à savoir la division en trois entités (énergie, aviation et santé) et le spin-off de la division santé. Il avait aussi essayé de ménager les esprits en maintenant le dividende trimestriel, tout en admettant qu’il ne pouvait garantir l’avenir de la distribution pour 2019.
Mais cela n’a pas été suffisant pour le board, dont fait partie Sébastien Bazin, le patron d’Accor. Après plusieurs années de crise, il semblerait que ce dernier ait finalement préféré confier les rênes à un spécialiste de la restructuration venu de l’extérieur, plutôt qu’à un ancien du groupe, rompu aux ficelles internes mais moins enclin à la rupture. Or, il y a urgence : General Electric a indiqué lundi qu’il allait manquer ses objectifs 2018 de profit et de cash flows, et a annoncé une dépréciation de goodwill de 23 milliards de dollars sur sa filiale d’énergie. Cette charge est encore un reliquat de la fusion avec Alstom pour 12 milliards d’euros en 2015, une opération que l’américain n’a jamais vraiment digéré et de laquelle il ressort clairement perdant face au français.
Le nouveau patron a en tout cas reçu le message : "nous allons travailler très dur dans les prochaines semaines pour mener une exécution excellente, et nous allons avancer de façon urgente", a-t-il déclaré ce lundi. Car les hedge funds rôdent, surtout depuis que GE a été sorti de l’indice Dow Industrials en juin dernier. L’activiste Triann emmené par Nelson Peltz, avait investi 2,5 milliards de dollars sur le groupe dès 2015 et a enfin obtenu un siège au board en octobre 2017, mais est pour l’instant en mauvaise posture car le titre a perdu la moitié de sa valeur depuis. Il a ainsi perdu plus de 100 milliards de dollars de capitalisation sur un an, et est passé sous la barre des 100 milliards la semaine passée.
Mais ce changement au sommet est aujourd’hui applaudi des deux mains par le marché, car le titre bondit actuellement de près de 10%. Larry Culp, qui a mené la transformation de Danaher entre 2001 et 2015 via plusieurs restructurations et des deals d’envergure. Le groupe a généré un rendement de 465%, contre 107% pour le S&P 500 sur la même période, si bien que les investisseurs semblent optimistes sur sa capacité à réitérer chez un géant certes bien plus gros et difficile à manier.
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