Le dérapage de Jamie Dimon
Hier à Wall Street, la grande actualité était bien sûr la sortie des nouveaux iPhones d’Apple, mais qui ont été rapidement éclipsés par les propos sulfureux de Jamie Dimon. Le CEO de JP Morgan a donné une interview au Financial Times, dans laquelle il a détaillé l’organisation de la plus grande banque mondiale en termes d’actifs, mais a le même jour eu des propos pour le moins provocateurs à l’égard du Président américain, lors d’une annonce philanthropique au siège de la banque à New York. "Je pense que je pourrais le battre. Car je suis aussi dur que lui, je suis plus intelligent que lui (…) Il pourrait donner autant de coups qu’il veut, cela ne marcherait pas. Je lui rendrais tout", a-t-il affirmé. Et de porter l’estocade : "Et à ce propos, ce riche new yorkais (en parlant de lui-même, ndlr) a gagné son argent lui-même, ce n’était pas un cadeau de Papa".
Des propos étonnants de la part d’un des premiers soutiens de Donald Trump à Wall Street, qui a même présidé le Conseil des patrons auprès du Président, avant que celui-ci ne soit dissous après les événements de Charlottesville. Mais Jamie Dimon, qui a soutenu des initiatives comme la réforme fiscale américaine, s’est aussi distancié de plus en plus de l’administration actuelle, comme à l’été 2017 lorsqu’il déclarait "c’est presque embarrassant d’être un citoyen américain qui voyage dans le monde et écoute toute la m… à laquelle nous avons affaire dans ce pays". Cette sortie montre en tout cas à quel point les corporates américains, si réticents à entrer dans le débat politique habituellement, sont plus enclins à le faire dans une administration Trump. Ainsi, Nike a également fait passer un important message en sortant il y a quelques jours une publicité avec Colin Kaepernick, le footballeur très décrié qui avait décidé de s’agenouiller pendant l’hymne national américain. Cette décision a été copieusement critiquée par Donald Trump sur Twitter, qui n’a en revanche pas réagi à la provocation de Jamie Dimon.
Il faut dire que ce dernier a fait marche arrière très rapidement, indiquant qu’il n’aurait pas dû dire cela, et qu’il n’avait pas de prétention présidentielle. Il reste que ce genre de déclaration, lors d’un événement tout à fait officiel, n’est pas anodin, surtout de la part d’un patron très puissant et exposé. Jamie Dimon, démocrate de la première heure qui avait aussi fait grand bruit pour ses propos assassins sur le bitcoin, semble de plus en plus impatient de peser dans le débat politique, même s’il a assuré qu’il continuerait à son poste de CEO pendant encore cinq ans.
Sur le sujet de sa succession, une autre interview accordée au Financial Times le même jour donne des éléments de réponse sur l’organisation quotidienne avec ses deux dauphins. "Je suis plutôt un coach maintenant", a-t-il lancé, en référence à ses deux co-présidents et COO, Daniel Pinto et Gordon Smith. Dans cet article, Daniel Pinto, patron de la banque d’investissement dit de lui : "Il est un très bon CEO mais il est humain. Il a beaucoup d’engagements extérieurs et voyage beaucoup. Maintenant c’est une répartition entre nous trois", tandis que le second, qui dirige la branche de grande clientèle, insiste sur son implication : "Il comprend et suit les détails, donne des feedbacks et vérifie les choses. Ce n’est pas du micro-management mais si les choses ne vont pas bien, il va retourner le problème avec vous, et essayer de réparer ce qui ne marche pas".
Pour le patron, la décision finale revient au board : "Le conseil ne me laisserait pas pousser quelqu’un à la succession", convient-il. Chez sa concurrente Goldman Sachs, c’est le patron de la banque d’investissement qui a finalement été choisi. Ici, le suspense demeure et d’autres profils, comme celui de la directrice financière Marianne Lake, très proche des investisseurs, sont également murmurés.
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