WAN
menu
 
!
L'info stratégique
en temps réel
menu
recherche
recherche
Abonnez-vous
Abonnez-vous à notre newsletter quotidienne
capitalisme buffett dalio dimon

Warren Buffett, le dernier des capitalistes ?

Lors de l'AG de Berkshire Hathaway le week-end dernier, l’oracle d’Omaha a défendu le capitalisme, de plus en plus remis en cause par de grands CEO américains. Mais contrairement à ceux qui émettent des voeux pieux, il est aussi prêt à accepter des remèdes contre les dérives du système, comme les hausses de taxes.
Warren Buffett et Jamie Dimon
Warren Buffett et Jamie Dimon

L’assemblée générale annuelle de Berkshire Hathaway, qui a réuni des dizaines de milliers d’actionnaires et fans de Warren Buffett à Omaha le week-end dernier, est surnommée le "Woodstock du capitalisme". Ce n’est donc pas un hasard si l’avenir du capitalisme, une question qui est de plus en plus régulièrement abordée par les grands CEO américains, a été abordé par l’oracle d’Omaha, quatrième fortune mondiale et symbole lui-même du capitalisme. Alors que les grands de ce monde ont encore exprimé leurs inquiétudes lors de la conférence Milken à Los Angeles il y a quelques jours, Warren Buffett assume son opinion divergente sur le sujet : "je suis un défenseur actif du capitalisme. Je pense que nous ne serions pas assis ici sans un système de marché. Je ne pense pas que le pays ira vers le socialisme en 2020, 2040 ou 2060".

Cela contraste nettement avec les analyses offertes par de grandes figures comme Jamie Dimon, le CEO de JP Morgan, ou Ray Dalio, fondateur du plus gros hedge fund au monde, Bridgewater Associates. Le premier a ainsi déclaré dans sa lettre annuelle aux actionnaires que "de plusieurs façons et sans mauvaises intentions, de nombreuses sociétés ont pu éviter – et même contourner – beaucoup de problèmes de la société". Ray Dalio s’alarme lui aussi de ce que le creusement des inégalités ne soit le terreau d’une révolte et d’une remise en cause totale du système. "Si vous avez une population avec un écart de richesse important et qu’il y a une récession économique, il est presque certain qu’il y aura un conflit".

Mais pour y remédier, les deux ont en commun des vœux pieux : prôner la fin de l’esprit partisan, faire travailler les gouvernements avec des leaders philanthropiques et d’entreprises pour mettre en place les projets avec les meilleurs impacts sociaux. Mais il est un peu facile de mettre cela sur le compte des dérives politiques, car l’esprit partisan persistera autant que durera la politique, sinon le problème aurait déjà été résolu. En outre, si les deux hommes s’accordent à admettre que la solution passera par plus d’impôts de la part des plus riches, ils n’ont pas à l’heure actuelle de proposition concrète à soumettre. Pire, le Business Roundtable, conseil de CEO auprès du Président dirigé par Jamie Dimon, a apporté son soutien à la grande réforme fiscale et aux coupes d’impôts pour les sociétés.

À l’inverse, Warren Buffett offre une image "rafraîchissante" avec sa défense assumée du système capitaliste. L’octogénaire démocrate reconnaît que le capitalisme revient certes à "toujours faire du mal à des gens", mais offre des remèdes comme les hausses d’impôts, qu’il a souvent appelées de ses vœux depuis de nombreuses années. L’investisseur considère le capitalisme comme profondément moral, et écarte même les nouveaux critères ESG, qu’il considère comme une vitrine marketing et même contre-productifs. Certes, toutes ses positions ne sont pas exemptes de critiques: il reconnaît ne pas prendre en compte la diversité dans les nominations de boards, et se montre ici archaïque. Mais en tout état de cause, il convient de reconnaître que l’honnêteté intellectuelle de Warren Buffett est une bouffée d’oxygène dans un paysage de postures bien-pensantes.

Vous souhaitez réagir à cet article ou apporter une précision ?
Commentez cet article