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Manipulation du yuan : il en faudra plus pour accuser la Chine
Le Trésor américain doit publier lundi son rapport annuel sur la stratégie de change de ses principaux partenaires commerciaux. Et c'est dans ce rapport que le pays annoncera officiellement s'il considère que l'un de ses partenaires manipule sa devise. La Chine est naturellement le premier visé, alors que les deux pays se livrent depuis plusieurs mois une guerre commerciale d'ampleur inégalée, et que le secrétaire d'Etat au Trésor américain Steven Munchin a fait plusieurs déclarations en ce sens cette semaine. Mercredi, il a ainsi accusé la Chine de "pratiquer la dévaluation compétitive", afin de booster ses exportations. Et dans une interview à Reuters aujourd'hui, le secrétaire a cette fois exprimé son inquiétude à l'égard de la faiblesse du yuan et déclaré que la devise du pays devait faire partie des discussions commerciales.
Les marchés en ont immédiatement conclu que c'était là une façon d'annoncer que le pays serait accusé lundi de manipuler sa monnaie. Ce que le président Donald Trump n'a cessé de répéter depuis son arrivée en fonction, par le biais de tweets ou de déclarations, sans pour autant que ces reproches soient officialisés dans le fameux rapport du Trésor.
Selon plusieurs médias américains toutefois, les États-Unis devraient se contenter de continuer de placer le pays sous surveillance renforcée sans aller jusqu'à l'acte d'accusation. Ce qui ne serait pas étonnant puisque les États-Unis ne disposent pour l'instant pas d'arguments suffisants pour prendre une telle décision. Arguments définis dans une loi le Trade Act de 2015. Pour qu'un pays puisse être accusé de manipuler sa devise, il faut tout d'abord qu'il affiche un excédent commercial avec les États-Unis de plus de 20 milliards de dollars. La Chine coche cette première case puisqu'elle a dévoilé ce matin que ses ventes à destination des États-Unis avaient atteint en septembre un nouveau record de 34 milliards de dollars. Sur la période allant de janvier à septembre, la Chine affiche donc un excédent commercial avec les américains de 225,7 milliards de dollars, contre environ 196 milliards à la même période il y a un ans. Preuve que la politique tarifaire instaurée par le président, précisément pour réduire ce déficit, n'a pour l'instant pas fonctionné.
Ceci ne devrait cependant pas suffire à accuser le pays de trafiquer le cours du yuan. Car il faudrait aussi pour cela que la Chine fasse état d'un important excédent de compte courant (supérieur à 3% de son PIB). Or le pays ne dispose plus d'une balance courante supérieure à 3% de son PIB depuis 2010 et elle n'a cessé de diminuer depuis lors. Selon les projections de Citigroup, elle devrait même se rapprocher de 0% du PIB d'ici 2023.
Enfin troisième et dernier critère établi par le Trade Act pour que les États-Unis accusent officiellement la Chine : que le pays ait dépensé l'équivalent de 2% de sa production économique d'une année pour acheter des devises étrangères. Avec l'objectif de faire monter la valeur de ces monnaies et de contribuer au déclin de la sienne ! Or de ce point de vue encore, la Chine a plutôt pris des mesures pour soutenir et stabiliser sa devise, depuis que la guerre commerciale a débuté. Et jeudi, le pays est même allé plus loin, annonçant l'ajout de 11 monnaies dans le panier de devises qui lui sert à établir un cours de référence du yuan, diluant la part du dollar, selon un document publié par l'administration chinoise du marché des changes.
La Chine ne remplit donc a priori pas les trois critères définis par la loi pour que le rapport du Trésor la mette au ban des manipulateurs lundi. La Suisse en revanche, de même que le Vietnam ou la Thaïlande, cochent toutes les cases. Mais même si les États-Unis décidaient de dénoncer ces États, ils devraient dans un premier temps tenter de trouver une solution par le biais de négociations. C'est seulement au bout d'un an, si aucun accord n'a été trouvé, que des mesures de représailles pourraient être adoptées, toujours selon le Trade Act.
Concernant la Chine en tout cas, le Président américain n'a pas eu besoin d'accuser le pays de manipuler de devises pour appliquer une série de barrière douanières qui constituent une forme de punition déjà coûteuse pour le géant asiatique.
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