L'UE commence-t-elle à faire peur aux GAFA ?
Les anciens politiques européens ayant des rôles prédominants au sein de la Silicon Valley sont peu nombreux. Les spécialistes de la tech vont néanmoins en compter un supplémentaire. Le Financial Times révèle aujourd'hui que l'ancien vice-Premier ministre britannique, Nick Clegg, va rejoindre Facebook. Ce que la firme vient de confirmer. A 51 ans, ce dernier prendra en janvier la tête de la direction des affaires mondiales et de la communication du réseau social. Il succède ainsi à Elliot Schrage, qui a annoncé en juin quitter la société, où il a passé 10 printemps. Le FT précise que le patron de Facebook a courtisé pendant plusieurs mois Nick Clegg, et lui a promis qu'il jouerait un rôle de premier plan dans la stratégie de l'entreprise.
Outre son titre élevé dans l'organigramme politique britannique, Nick Clegg, ex-eurodéputé, a également assumé un rôle de négociateur pour les questions commerciales au sein de la Commission européenne. Or, inutile de préciser que Facebook a de plus en plus de problèmes avec les pouvoirs publics, notamment européens, que ce soit sur la protection des données ou la fiscalité. Si pendant longtemps, il a été reproché au Vieux Continent de ne pas suffisamment se protéger contre les dérives ou risques de dérives liés aux GAFA, il faut croire que les décisions et déclarations des Européens ont désormais plus de poids.
Une belle prise de guerre pour Facebook. On connaissait les anciens politiques européens qui ont rejoint le monde de la finance, comme cela a été le cas du Portugais José Barroso, ancien patron de la Commission européenne désormais chez l'Américain Goldman Sachs, ou de Jonathan Hill, ex-commissaire européen britannique, embauché cette année par le suisse UBS. Les carnets d'adresses, la fine connaissance du politique, des négociations ou encore des institutions étant des savoir-faire riches pour les firmes. Mais jusque-là, les tech américaines ne recrutaient pas à ce niveau les anciens représentants des peuples du Vieux Continent. D'ailleurs, Elliot Schrage n'avait pas du tout le même profil : bien que passé par les bancs de Normale Sup', cet avocat de formation (Havard), a travaillé dès 2005 pour Google. C'est dans le sillage du scandale de fuites des données personnelles Cambridge Analytica qu'il a annoncé son départ de Facebook.
A l'inverse, on pourrait reprocher à Nick Clegg de ne pas avoir suffisamment d'expérience américaine pour endosser le rôle, sachant que Facebook doit aussi répondre de ses actes au Pays de l'Oncle Sam. On se souvient par exemple de l'audition de Mark Zuckerberg en avril dernier devant le sénat américain. Ce dernier avait été questionné sur les conditions d'utilisation, sur son monopole ou encore sur les risques d'espionnage.
Côté européen, l'audition tendue du fondateur de Facebook devant les eurodéputés, en avril de cette année, a également fait couler de l'encre. Là encore, les griefs sont nombreux. Ils touchent à la fiscalité, à la protection des données, aux fake news. L'Europe est également dotée d'une commissaire européenne à la Concurrence compétente et déterminée, Margrethe Vestager, qui n'hésite pas à s'attaquer aux géants de la tech américains quand il le faut. Évidemment, Facebook avait déjà des compétences pour faire face aux tempêtes. Le Lib Dem Richard Allan travaille pour le réseau social depuis 2009 et s'occupe de ses affaires publiques en Europe. Mais avec Nick Clegg, le niveau monte d'un cran. Le ton va-t-il monter aussi, ou cette nomination va-t-elle marquer le début de l'apaisement des tensions, avec une vraie prise en compte des remarques des politiques ?
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