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CEO / M&A / IBM
IBM ou le courage des vrais leaders
Ginni Rometty, l’une des 24 femmes CEO du S&P 500, vient de démontrer une fois de plus qu’elle avait le courage et la vision stratégique des grands dirigeants. La patronne d’IBM vient ainsi d’annoncer ce lundi que son groupe rachetait Red Hat, le leader mondial de l’open source avec son système d’exploitation Linux, pour 33 milliards de dollars, soit la plus grosse acquisition de son histoire. Le groupe consent non seulement une prime généreuse de 63% sur le cours de Bourse de sa cible, mais en outre finance le deal exclusivement en cash. Un deal particulièrement ambitieux puisqu’il s’agit de la deuxième plus grosse opération tech de l’histoire, derrière le rachat d’EMC par Dell pour 63,7 milliards de dollars en 2015, selon Dealogic.
Car en se rapprochant de Red Hat, IBM fait une percée significative dans son ambition de devenir un acteur incontournable du cloud hybride, qui consiste à utiliser ses propres serveurs internes mais aussi l’offre disponible sur les prestataires externes comme Amazon Web Services ou Azure de Microsoft. Ce marché est en pleine croissance et représentera 1.000 milliards de dollars de revenus d’ici 2020, selon IBM. La transformation était indispensable : IBM a vu ses revenus chuter d’un quart depuis le début de mandat de Ginni Rometty en 2012, en raison du ralentissement des ventes sur les ordinateurs et services traditionnels. Et le groupe a encore déçu les investisseurs au troisième trimestre, avec une hausse de 10% de ses activités cloud contre 20% au trimestre précédent.
La CEO a donc pris une décision courageuse, celle de miser sur le relais de croissance qu’elle n’avait pas encore réussi à trouver en interne, quitte à signer un gros chèque. Cela a un prix pour les investisseurs : IBM va mettre en pause son programme de rachats d’actions pour financer ce deal. Mais cela était indispensable pour répondre aux nouveaux besoins des clients, et à cet égard, la réaction de Jamie Dimon de JP Morgan - qui a déclaré "étant donné l’importance de la technologie cloud hybride pour aider les sociétés à dégager de la valeur, nous voyons l’opportunité d’unir ces deux sociétés" - est un satisfecit marquant.
En ces temps troubles, Ginni Rometty montre qu’elle sait garder son sang-froid face aux menaces protectionnistes - "je ne suis pas préoccupée par les tarifs", a-t-elle déclaré ce matin - même si cela signifie des hausses de prix. Mais aussi face aux soubresauts des marchés, alors que d’autres auraient pu prendre ce prétexte pour geler toute transaction. La dirigeante affirme avoir transformé IBM ces dernières années dans le but de cette opération structurante, et ne compte pas se laisser impressionner par des facteurs de court terme. Les investisseurs sont sceptiques dans la mesure où le titre Red Hat se traite encore à 170 dollars, soit 20 dollars sous le prix de l’offre. Mais quoi qu’il en soit, la dirigeante d’IBM a démontré à ses pairs qu’il n’est jamais de mauvais moment pour miser sur l’innovation, pour autant que la vision stratégique soit là.
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