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Société Générale / Frédéric Oudéa
Crise de confiance à la Société Générale
En fin de semaine dernière, les membres du conseil d’administration de la Société Générale étaient conviés dans le cadre idyllique du Maroc pour un simple séminaire de travail. À cet exercice participaient également le directeur général Frédéric Oudéa et son staff rapproché. À cette occasion le patron de la SocGen a commencé à alerter ses administrateurs sur la très mauvaise surprise de fin d’année : la banque se trouve en effet pénalisée par une charge exceptionnelle de 240 millions d’euros au dernier trimestre et par une baisse de 10 % des revenus de ses activités de marché au titre de 2018. L’annonce en a été faite au marché ce matin. Et les investisseurs ont très mal réagi, puisque l’action a clôturé en baisse de 5,66 %.
Natixis et BNP Paribas ont connu également des petites déceptions de fin d’année. Mais le problème de la Société Générale, c’est que sa “déception à elle” intervient dans un contexte où la banque est régulièrement confrontée à un défaut de confiance des analystes, des investisseurs et de certains administrateurs. Il faut dire que Frédéric Oudéa collectionne les maladresses. Lorsque les nouvelles normes prudentielles contenues dans la directive CRD IV, qui transposent Bâle III en Europe, ont institué la séparation des fonctions de directeur général et de président du conseil d’administration au sein des banques en 2014, il a renâclé à se défaire de l’une de ses fonctions et a confié la présidence à un banquier sympathique mais dénué de charisme : l’ex membre du directoire de la BCE, Lorenzo Bini Smaghi.
Deuxième épisode. En fin d’année 2018, la SocGen a écopé d’une amende record de 1,2 milliard d’euros pour solder son litige avec les autorités américaines qui l’accusaient d’avoir violé les sanctions économiques imposées par les États-Unis à l’encontre de plusieurs pays. Et la justice américaine avait obtenu quelques mois avant la démission du numéro deux Didier Valet, que toute la place considérait comme un excellent dauphin pour Frédéric Oudéa.
Troisième épisode. À la suite du départ de ce dernier, le conseil a demandé à Frédéric Oudéa de re-staffer la banque et de préparer un plan de succession. Il a beaucoup tardé, comme souvent. Il a essayé de faire venir Laurent Mignon, patron de Natixis, qui a naturellement préféré prendre la suite de François Pérol à la tête de BPCE. De fait, son plan de succession s’est transformé en un petit plan de promotions internes et en l’arrivée de Sébastien Proto comme directeur de la Stratégie, mais pas comme successeur potentiel. Si bien qu’aujourd’hui la banque de la Défense n’a pas de successeur vraiment désigné ou de numéro deux officiel. Ce qui constitue un point de faiblesse que soulignent les analystes dans leurs études.
Enfin quatrième épisode, La Société Générale a été obligée de reconnaître ce matin qu'elle avait enregistré une charge exceptionnelle de 240 millions d'euros au quatrième trimestre de l'année écoulée en raison de l'application de normes comptables et qu'elle prévoyait une baisse de 10 % des revenus de ses activités de marché en 2018. L'environnement difficile sur les marchés de capitaux devrait même entraîner sur le seul quatrième trimestre 2018 une baisse de 20 % des revenus des activités de marché, par rapport aux trois derniers mois de l'année 2017, selon le communiqué de la banque. Le ralentissement de son activité de marché est d'autant plus surprenant que la banque française avait publié un bénéfice net pour le troisième trimestre en forte hausse de 32,4 % à 1,2 milliard d'euros, porté une bonne dynamique à l'international.
Tout cela commence à constituer un climat complexe pour les équipes de la banque, pour les dirigeants et surtout pour Frédéric Oudéa, qui faute d’être secondé, porte seul la responsabilité de tous les problèmes. À commencer par la chute du cours Société Générale, qui tutoie maintenant les 40 % sur un an. Ce qui relance les spéculations sur des manœuvres d’approche qu’Unicredit, dirigée par un ex de la SocGen, Jean-Pierre Mustier, s’apprêterait à mener auprès de son ancienne maison. Car il faut bien le reconnaître, nolens volens, la banque est passée d’une position de “to lunch” à une situation de “to be lunched”.
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