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Davos : les frayeurs des gérants stars de Wall Street

Alors que le FMI a ajusté à la baisse ses prévisions de croissance pour 2019 et 2020, le patron de Bridgewater Associates - le plus gros hedge fund au monde - a pointé le risque de récession pour 2020. Tandis que "l’oracle de Boston" juge que les investisseurs sont complaisants face aux risques des tensions sociales et de la dette publique.
Wall Street - New York - banques - Etats-Unis
Wall Street - New York - banques - Etats-Unis

Le Forum économique de Davos n’a pas vraiment commencé dans l’euphorie, et pour cause. La veille, le FMI avait encore abaissé ses prévisions de croissance pour 2019 et 2020 et la Chine annonçait la croissance la plus basse depuis 28 ans, à 6,6 % au dernier trimestre 2018. Christine Lagarde a encore enfoncé le clou sur CNBC ce matin, en expliquant que “la politique impacte négativement la croissance mondiale” à l’heure actuelle. Car les leaders des plus grands pays développés, qu’il s’agisse de Donald Trump, Theresa May ou encore Emmanuel Macron, ont tous décidé d’annuler leur venue à ce grand raout des VIP mondiaux afin de se concentrer sur leurs difficultés politiques internes, et répondre à la montée de la grogne de leurs citoyens dans des situations complexes.  

Dans ce contexte, les grands gérants de Wall Street présents en Suisse sont donc loin de se montrer optimistes, même après le net rebond des marchés depuis le début de l’année. Si Steve Schwarzman note un ralentissement normal de l’économie mais assure qu'il ne “voit pas de récession arriver”, le ton est bien plus maussade de la part de Ray Dalio, fondateur de Bridgewater Associates, le plus gros hedge fund au monde - avec environ 150 milliards de dollars sous gestion. Ce dernier note un “risque significatif” d’une récession américaine en 2020, estimant que tout dépendra de l’action de la Fed, et de sa capacité à mettre en suspens tout resserrement monétaire pour le moment, dans un contexte de ralentissement généralisé. Celui qui avait déclaré l’an passé “ceux qui détiennent du cash vont se sentir stupides” s’est justifié, et a jugé que la Réserve fédérale avait fait une erreur l’an passé, en annonçant un rythme trop rapide de hausse des taux aux marchés. 

Autre cygne noir : Seth Klarman, patron du hedge fund Baupost Group (27 milliards de dollars sous gestion) et investisseur habituellement discret et rationnel, qui a publié une lettre particulièrement alarmiste de 22 pages à ses investisseurs, juste avant l’ouverture de Davos. Ce dernier pointe les tensions politiques et juge que les marchés se sont montrés jusqu’à présent étonnamment complaisants face à des secousses profondes et de grande ampleur. “Cela ne peut pas être ‘business as usual’ au milieu des protestations constantes, des émeutes, des shutdowns et des tensions sociales en hausse”, a-t-il écrit. Concernant les États-Unis, il se montre stupéfait sur la façon dont les investisseurs ont pris en compte le retour du protectionnisme. “Les marchés ont ignoré les implications à long terme d’une Amérique plus isolée, d’un monde de plus en plus à la dérive et d’un leadership mondial laissé vacant”. 

Faisant référence au mouvement des Gilets Jaunes, il s’étonne aussi du manque de réaction : “Les frictions sociales représentent un challenge pour les démocraties dans le monde, et l’on se demande quand les investisseurs prendront plus cela en compte.” En outre, il est l'une des nombreuses voix à tirer la sonnette d’alarme sur le niveau des dettes publiques. “Les graines de la prochaine crise financière majeure (ou celle d’après) pourraient se trouver dans les niveaux de dette souveraine actuels”, et il juge que lorsque les investisseurs perdront confiance sur la dette américaine, il sera déjà trop tard. Enfin, il s’inquiète même de la clairvoyance de la population, alors que le Président américain crie régulièrement aux fake news. “Ce moment de post-vérité est dangereux”, estime-t-il car les gens choisissent de croire et lire seulement ce qui les arrange, aidés en cela par les réseaux sociaux. 

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