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Régulation / Concurrence / stakeholder capitalisme / raison d'être / Davos / capitalisme vert

Régulation / Concurrence
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Quel genre de capitalisme voulons-nous ?

La crise financière, conjuguée à l'échec de la lutte contre le changement climatique a effrité le consensus néolibéral qui prévaut aux États-Unis et dans une grande partie de l'Ouest depuis plus de deux générations. Pourtant, certains événements cette semaine, en pleine COP 25, prouvent que le marché n'est pas mûr.

Après Suez et son plan ShapingSuez2030, Orange a présenté cette semaine sa vision Engage2025, sous la forme d'un texte court accompagné d'une charte, comme une sorte de profession de foi plus explicative des engagements sociaux et environnementaux que le groupe entend désormais suivre. C'est aussi cette semaine que Klaus Schwab, fondateur et président exécutif du Forum économique mondial de Davos, écrivait une tribune particulièrement éclairante sur la nouvelle forme que doit prendre le capitalisme au sein du journal Project Syndicate.

Alors qu'il était fondé sur la primauté des actionnaires, le capitalisme des parties prenantes commence à s'imposer, celui qui écoute les clients, les employés, les fournisseurs, les communautés et l'environnement. "J'ai décrit le concept [celui du capitalisme des parties prenantes, NDLR.] pour la première fois en 1971 et j'ai créé le Forum économique mondial pour aider les chefs d'entreprise et les dirigeants politiques à le mettre en œuvre. Deux ans plus tard, les participants à la réunion annuelle du Forum ont signé le 'Manifeste de Davos', qui décrit les principales responsabilités d'une entreprise envers ses parties prenantes", détaille Klaus Schwab.

La crise financière de 2008, conjuguée à l'échec des efforts de lutte contre le changement climatique et aux résultats économiques à long terme décevants aurait fini d'ébranler le paradigme qui prévalait jusqu'ici. Pouvons-nous avoir un capitalisme plus inclusif qui donne de meilleurs résultats ? Certainement. Pour autant, il semblerait que le marché ne soit pas prêt. Preuve en est la réaction des investisseurs qui a suivi la présentation par Stéphane Richard de sa nouvelle guideline, le titre chutant de plus de 4% en pleine séance. Il n'est pas prêt à recevoir ces informations, et il n'est pas prêt à déclencher l'action. En effet, les belles déclarations des grands groupes qui pèsent et pèseront sur la trajectoire sociale et écologique que le Monde entend suivre sont parfois à mille lieues de la réalité des actions. 

Car c'est aussi cette semaine que Greenpeace révélait des chiffres édifiants sur le secteur bancaire. Les établissements britanniques Barclays, HSBC, Standard Chartered et RBS ont continué à financer l’industrie du charbon depuis l’accord de Paris sur le climat en 2015 malgré les promesses du secteur de soutenir des énergies plus propres. Ces quatre grandes banques ont au total financé à hauteur d’environ 32 milliards de dollars, entre 2016 et fin septembre 2019, des entreprises qui ont des projets de nouvelles centrales à charbon, une énergie parmi les plus polluantes de la planète. 

C'est aussi cette semaine que le think tank Influencemap, grâce à l'étude de données de près de 400 grands groupes repris massivement par la presse internationale, affichait le nom des entreprises, qui non seulement ne verdissent pas leurs activités, mais empêchent aussi consciemment les politiques climatiques de s'améliorer ; ce que les auteurs du rapport ont appelé "le lobbying sur la taxonomie verte". Bien que les tactiques aient changé, la réglementation climatique continue d'être bloquée et le discours dominant sur le climat reste assiégé.

"Tant que les incitations créées par les marchés financiers ne changeront pas, il faut s'attendre à ce que le profit à court terme l'emporte", écrivait en octobre Simon Johnson, chef économiste au FMI. Si vous êtes un entrepreneur et que vous voulez mobiliser des capitaux, faire appel à un bien social plus large ne vous apportera pas grand-chose. En effet, le secteur privé ne tient généralement pas compte des externalités positives et négatives des actions qui affectent d'autres personnes que le principal concerné. Voilà pourquoi, la promesse par l'opérateur télécom Orange d'une couverture numérique pour le plus grand nombre n'a pas séduit les porteurs de parts cette semaine. Voilà pourquoi les grands établissements mondiaux continueront à financer des activités polluantes juteuses. Voilà aussi pourquoi de puissantes firmes continueront à coups de messages politiques et financement de groupes de réflexion à empêcher la bonne marche des politiques écologiques et sociales.

 

 

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