Etats-Unis : la redistribution des richesses, le grand sujet de 2020
Le monde des hedge funds est celui de la démesure, que ce soit dans les paris pris par les gérants dans leurs positions ultra léveragées, mais aussi dans les gains qu’ils peuvent dégager. Sur ce sujet brûlant et encore très opaque, Bloomberg s’est livré à un classement des rémunérations des hedge funds en 2018, qu'a relayé WanSquare vendredi. Il a utilisé des informations publiques comme les déclarations à la SEC, les sites internet des fonds mais aussi les articles les concernant, afin d’estimer les montants d’actifs sous gestion. Et pour tous les cas où ce n’était pas officiel, la base de données a présumé que le fonds prélevait 2 % de management fees et 20 % de performance fees, les frais usuels de cette classe d’actifs.
Et les résultats sont édifiants : les dix gérants les plus performants ont généré 7,7 milliards de dollars de rémunération en 2018. En particulier pour les trois premiers puisque James Simons, le patron de Renaissance Technologies a vu sa fortune personnelle grimper de 1,6 milliard de dollars l’an passé et serait ainsi le gérant de hedge fund le plus riche au monde, avec un patrimoine estimé à 16,55 milliards de dollars. Juste derrière lui, c’est le célèbre Ray Dalio, patron de Bridgewater Associates le plus gros hedge fund au monde, qui a engrangé 1,26 milliard de dollars en 2018 et une fortune personnelle d’environ 16,2 milliards de dollars.
Le podium est enfin complété par Ken Griffin, le sulfureux gérant de Citadel, qui a déjà fait parler de lui récemment pour ses acquisitions immobilières historiques. En début d’année, il a ainsi mis la main sur le penthouse le plus cher de l’histoire à New York pour 240 milliards de dollars, juste après avoir signé un autre record à Londres, avec un manoir à 122 millions de dollars. L’homme est également féru d’art et est par exemple l’heureux propriétaire d’un tableau de Jackson Pollock à 200 millions de dollars, mais aussi d’un Willem de Koning à 300 millions de dollars. Pourtant, Bloomberg relève que ces quatre achats exceptionnels restent inférieurs à ce que le gérant aura touché en 2018.
Certes, les rémunérations de ces gérants sont liées à des performances de haut vol en 2018, dans un environnement de marché très perturbé. Et les défenseurs de ce type de rémunération font valoir que les gérants sont eux-mêmes très fortement engagés dans leurs fonds, si bien que leurs intérêts sont alignés avec ceux de leurs investisseurs. Mais ces chiffres astronomiques ont aussi de quoi profondément choquer, à l'heure où la hausse des salaires reste dérisoire aux États-Unis, malgré une année de croissance solide grâce à la réforme fiscale de l'administration Trump. Car le bilan de ces coupes fiscales montre que celles-ci n'ont pas bénéficié au pouvoir d'achat de l'Américain moyen, mais uniquement aux tranches les plus pauvres et aux 1 % qui n'en avaient pas besoin.
Cette critique de la réforme fiscale, à l'effet très ponctuel sur la croissance, est de plus en plus employée par les adversaires du gouvernement actuel. Et les données publiées par Bloomberg risquent d’apporter de l’eau au moulin des candidats démocrates à l’élection présidentielle de 2020, qui font de la lutte contre les inégalités un thème majeur de leurs campagnes. La sénatrice Elizabeth Warren a ainsi déjà présenté un projet de taxe de 2 % sur les patrimoines supérieurs à 50 millions de dollars, soit les 0,1 % des Américains les plus riches. Le taux monterait à 3 % pour les Américains milliardaires, ce qui permettrait de lever 2.750 milliards de dollars sur dix ans.
Les arguments de la lutte contre les inégalités sont aussi avancés depuis longtemps par le sénateur du Vermont Bernie Sanders, qui donne de la voix mais n'a toutefois pas encore annoncé sa candidature à la présidentielle de 2020. En parallèle, la pugnace députée de New York, Alexandria Ocasio-Cortez, a par exemple proposé une taxe de 70 % sur les Américains qui touchent plus de 10 millions de dollars par an, ce qui a provoqué un vaste débat dans les rangs de chaque parti et parmi la communauté business. Elle souhaite notamment financer un vaste "green New deal", afin de lutter contre le changement climatique et produire 100 % d'énergie verte aux États-Unis d'ici 2030.
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