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Banques / Rothschild & Co / Scor / Lazard / Mathieu PIgasse / Covea

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Rothschild & Co / Scor / Lazard / Mathieu PIgasse / Covea

Les banques d’affaires sont-elles intouchables ?

La procédure judiciaire menée par Scor à l’encontre de Rothschild et de Barclays secoue le monde des affaires. Pourtant ce n’est pas une première et cela montre l’importance de la compliance, y compris dans les banques d’affaires.
Rothschild & co
Rothschild & co

Le moins que l’on puisse dire, c’est que chez Rothschild on ne s’est pas encore remis de la mise en cause officielle de la si prestigieuse banque d’affaires par Scor dans le cadre de la tentative d’OPA menée par Covea et désormais abandonnée. Si Thierry Derez et le groupe mutualiste qu’il dirige sont poursuivis au pénal dans le cadre d’une citation directe avec une audience d’ores et déjà prévue au mois de juin prochain, il n’en est pas de même pour Rothschild et Barclays qui sont poursuivies au civil.

Que reproche Denis Kessler et le conseil d’administration de Scor à la si prestigieuse banque de l’Avenue de Messine ? Non pas un conflit d’intérêts, comme cela peut arriver de temps à autre. Simplement le fait qu’en aidant Covea à préparer son raid sur Scor, les collaborateurs de Rothschild, qui étaient à la manœuvre, ne pouvaient ignorer qu’ils utilisaient des documents officiels obtenus par Thierry Derez alors qu’il siégeait à la table du conseil d’administration de Scor. C’est ce que les Britanniques appellent dans le langage bancaire un "breach of confidentiality". Ce qui constitue un grief grave, qui porte atteinte à la réputation de ces établissements auquel on a recours, notamment, pour leur respect du secret, et leur souci des bonnes procédures.

Compte tenu des informations dont dispose WanSquare, un associé-gérant, de Rothschild, qui a donc légalement le pouvoir d’engager juridiquement toute la maison à laquelle il appartient, n’a pas alerté les services de "compliance" de la banque sur cette opération et sur la possibilité de travailler à partir de documents confidentiels que le droit les empêchait de détenir.

Si ces faits sont avérés, on comprend qu’il y ait procédure judiciaire. Les banques d’affaires ne sont pas des sanctuaires. Certains prétendent qu’il n’y aurait pas de précédent au raid judiciaire mené par Denis Kessler. C’est manquer de mémoire. Henry Racamier qui a développé Louis Vuitton avant de fusionner son groupe avec Moët-Hennessy alors dirigé par Alain Chevalier a attaqué la banque Lazard, pour des motifs très différents, liés à une opération financière d’émission de bons de souscription. Le procès a duré trois ans et s’est terminé en Cour de Cassation.

De la même manière Matthieu Pigasse, qui n’était pas encore patron de Lazard Frères s’était placé dans une situation très inconfortable, alors qu’il était le banquier conseil de René Mayer, directeur général de la Caisse des Dépôts, avant de travailler pour son ennemi Charles Milhaud, alors patron des Caisses d’Épargne. Cela avait conduit notamment au deal Ixis-Caisse d’Épargne, permettant la création de Natixis. Mais la banque Rothschild s’était également trouvée dans une situation embarrassante, puisqu’elle conseillait la Caisse des Dépôts avant de se mettre au service de son adversaire, les Banques Populaires, et afin d’éviter un procès, David de Rothschild avait dû écrire deux lettres d’excuses à un René Mayer trop souffrant pour mener un combat judiciaire.

Tout cela montre que dans un microcosme parisien assez limité avec un duopole de deux banques d’affaires, celles-ci doivent faire très attention aux conflits d’intérêts. Mais aussi aux moyens qui leur sont fournis pour travailler. Elles misaient tout jusqu’ici sur la qualité de la relation humaine. Il va leur falloir montrer qu’elles savent aussi laver plus blanc que blanc.

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