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Larry Fink / BlackRock
Les maux de Larry Fink
"Un capitalisme qui ne s'adapte pas à la société peut échouer". Ce sont les mots du président de BlackRock Larry Fink ce matin, dans une interview donnée aux Échos. Lui qui est d'un naturel plutôt optimiste, a livré ses craintes sur le modèle économique dominant actuel. L'homme fort, dont le point de vue a une influence très perceptible sur l'industrie financière de notre époque, estime que la survie du capitalisme dépend de sa capacité à relever certains défis.
Pour celui qui est aux manettes du plus important gestionnaire de placements au monde, les marchés pourront conduire l'économie à condition qu'ils soient davantage réglementés, et surtout, qu'ils financent des projets de long terme, à l'aube de la plus grande crise climatique du globe. Car l’urgence du climat s’oppose à une transition progressive, égalitaire et juste. Et au contraire des politiques et des citoyens, pour qui il y aura toujours une bonne raison de ne pas agir, les entreprises, guidées par le but intrinsèque de la création de valeur, devront s'employer à satisfaire, séduire et fidéliser des consommateurs conscients. Larry Fink dit qu'il faut en finir avec la vision court-termiste du monde. Les détenteurs de capitaux doivent adopter un comportement responsable où le profit n’est plus l'unique objectif et finalement, "les entreprises durables seront les plus performantes".
Il y a une autre raison d'être inquiet, c'est la montée du populisme. "Demander aux entreprises d'être plus sur le long terme alors que les gouvernements font le contraire est très difficile", analyse-t-il. Larry Fink en veut aux réseaux sociaux qui font du bruit médiatique immédiat et stérile et participent activement à cette vision court-termiste du monde. "Ce qu'il faut envisager, c'est de les réguler comme des entreprises de médias, pour faire en sorte que les informations qu'ils disséminent partout soient exactes, honnêtes, vérifiées." Dans un monde dominé par l'émotion de l'instant, les investisseurs ne se projettent plus aussi facilement. L'épargne est massive dans un environnement historique de taux bas qui aurait dû, au contraire, stimuler la consommation et l'investissement. En témoigne la demande orientée vers les obligations d’État qui atteint désormais des records, pendant que les marchés actions cotées et non cotées conservent un fort potentiel non exploité.
Les gouvernements et les régulateurs mettent en place des solutions pour résoudre les problèmes passés, mais ces remèdes portent souvent en eux les germes de la prochaine crise, à l’instar des politiques monétaires expansionnistes. Pour ces raisons, les mentalités doivent s'inverser. Les entreprises doivent manifester leur "raison d'être", c’est-à-dire exprimer à l'ensemble de la société ce pour quoi elles sont indispensables. De leur côté, les gouvernements doivent accompagner ce mouvement sans interférer sans cesse dans le développement de ces dernières. Comme ils sont capables de le faire sur des deals porteurs, au seul nom du fait que l'État détienne des parts de l'une des parties prenantes. Au risque de les faire échouer.
Larry Fink, qui pense qu'un bon leadership vient d'un dirigeant fort, de suffisamment de transparence et d'un conseil d'administration puissant et exigeant, n'a en tout cas pas trop à s'en faire pour sa société qui atteint des sommets. Sa plateforme de fonds indiciels cotés (ETF) iShares a en particulier attiré 30,69 milliards de dollars d'argent frais et affiche 1.924 milliards de dollars d'actifs sous gestion sur le seul premier trimestre de l'année.
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