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La vitrine du nucléaire est devenue un repoussoir

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La vitrine du nucléaire est devenue un repoussoir

EDF vient d’annoncer que la centrale de Flamanville coûtera 1,5 milliard d’euros de plus et ne pourra pas démarrer avant 2023 alors qu’elle devrait fonctionner depuis 2012. Son coût total est désormais estimé à 12,4 milliards d’euros contre… 3,5 milliards d’euros au moment de son lancement.
Flamanville
Flamanville

Cela fait presque vingt ans que la France se vante d’avoir mis au point le réacteur nucléaire de nouvelle génération – eau pressurisée – mais aujourd’hui les deux seuls échantillons fonctionnent en Chine, où les travaux ont été menés dans les temps, en dépit de la complexité de cette nouvelle technologie. En revanche, notre vitrine française, l’EPR de Flamanville en Normandie qui devait démarrer il y a sept ans ne sera connecté au réseau électrique qu’en 2023… avec onze ans de retard. Et compte tenu de surcoûts de 1,5 milliard d’euros liés à des soudures, le budget total de cette centrale va atteindre 12,4 milliards d’euros au lieu des 3,5 milliards budgétés initialement. Ce qui va impacter très nettement le taux de rendement interne de cet investissement majeur pour EDF.

Comme dans le Crime de l’Orient Express, il n’y a pas qu’un seul responsable à ce véritable "crime" financier et industriel qui fait de la France la risée des puissances nucléaires dans le monde. Ils sont nombreux ceux qui, comme dans le roman d’Agatha Christie, ont planté un poignard dans le corps toujours sans vie du réacteur. D’abord l’Autorité de sûreté Nucléaire qui a fixé des normes aberrantes. Bouygues a dû ainsi construire une carcasse de béton capable de résister à la chute d’un avion civil. Aucun autre pays ne s’impose un tel boulet. De la même manière ce gendarme du nucléaire a demandé que l’on refasse des soudures parce qu’elles n’étaient pas conformes au cahier des charges et non pas parce qu’elles n’étaient pas sûres. Les normes l’ont emporté, comme toujours, sur l’efficacité.

Mais le péché originel de cet EPR si cher à Anne Lauvergeon qui a vendu le premier exemplaire à la Finlande, avec des retards et des surcoûts monumentaux à la clé, c’est d’avoir conçu chacun de ces réacteurs comme des prototypes. Si le programme lancé par Georges Pompidou de construire 58 réacteurs dans un temps record a pu être mené à temps et sans problème de sécurité, c’est qu’il s’agissait d’une série de 58 réacteurs bâtis selon le même schéma par Framatome.

Car le dernier coup de poignard dans notre si flamboyant EPR est bien sûr dû à la volonté d’Anne Lauvergeon de casser Framatome qui possédait un savoir-faire unique au monde. Nous payons aujourd’hui l’acharnement forcené de l’ex-patronne d’Areva contre les polytechniciens de Framatome qui retrouve depuis quelques années, sous l’égide d’EDF une nouvelle vie. Mais que d’argent public gâché, que de temps perdu, que d’illusions envolées, que de prestige abîmé. Saurons-nous au moins tirer les leçons du fiasco de Flamanville ? Une enquête parlementaire s’impose. Il y a tant de responsables et si peu de coupables.

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