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Politique monétaire / Réserve Fédérale

Politique monétaire
Réserve Fédérale

La Fed pourrait défier la tradition des années électorales

La Fed pourrait maintenir le statu quo cette année, après avoir largement assoupli sa politique l'an dernier. Si elle ne fait rien en 2020, elle romprait avec la tradition, qui montre que la Réserve est plutôt proactive lors d'année électorale. 
Jerome Powell, le Président de la Fed - Crédit photo : DR
Jerome Powell, le Président de la Fed - Crédit photo : DR

Jerome Powell va-t-il défier la tradition des banquiers centraux qui l'ont précédé ? Nombre d'analystes estiment ainsi que le président de la Fed devrait s'abstenir de relever ou d'abaisser les taux cette année, dans un contexte de plus grande nervosité des marchés américains à l'approche des élections de novembre. Le président de la Fed n'a d'ailleurs donné aucun signal de volonté de resserrement des taux à court terme, ou d'arrêt des achats de titres lors de la première réunion du FOMC de l'année, la semaine dernière. Il faut dire que la Fed a été on ne peut plus proactive l'an dernier, abaissant ses taux à trois reprises, dans un contexte de ralentissement de la croissance du pays, sur fonds de guerre commerciale. Sachant que la Réserve américaine procède par ailleurs depuis octobre dernier à 60 milliards de dollars d'achats de titres par mois, afin d'apaiser les tensions sur le marché repo américain.

Contre toute attente et alors que la Fed avait annoncé qu'elle augmenterait ses taux directeurs en 2019, elle a donc finalement préféré soutenir l'économie du pays et éviter un risque de récession. "En assouplissant sa politique, la Fed a même amélioré les conditions de financement de l'économie américaine, et permis un ralentissement en douceur", explique ainsi Nicola Mai, executive vice president de Pimco à Londres et membre du comité d'investissement de Pimco, lors d'une conférence à Paris. Du coup, la probabilité de récession, qui était encore de 30% il y a quelques mois, n'est plus que de 20%, rappelle l'expert. 

Le président de la Fed devrait donc sagement attendre l'échéance électorale avant de prendre une décision, estimant qu'il a déjà beaucoup fait pour l'économie américaine l'an dernier. Le marché estime d'ailleurs à plus de 82% la probabilité que la Fed maintienne les taux directeurs inchangés lors de la prochaine réunion du FOMC, les 17 et 18 mars prochains. 

Or en maintenant le statu quo sur toute l'année 2020, Jerome Powell s'inscrirait en porte-à-faux de ses prédécesseurs : sur les dix dernières élections, la Fed a systématiquement changé de direction, pas forcément via une hausse ou une baisse des taux mais du moins par des annonces importantes en termes de stratégie monétaire. Ainsi, en 2012, la Fed n'a pas modifié ses taux mais annoncé un troisième round d'achats de titres.

De même, Alan Greenspan a décidé de baisser les taux directeurs pour la troisième fois de suite début 1996, soit l'année de la réélection de Bill Clinton. Alan Greenspan s'était d'ailleurs fait accuser par George Bush père de lui avoir coûté sa réélection en 1992, pour n'avoir pas suffisamment baissé les taux. "Si vous regardez l'histoire de la politique monétaire, lors des années électorales, la Fed a toujours fait ce qu'elle avait à faire", explique ainsi Roberto Perli, partenaire chez Cornerstone Macro. Une façon de préserver son indépendance. Indépendance de plus en plus menacée depuis l'élection de Donald Trump, qui ne cesse de donner son avis sur la politique de Jerome Powell, fustigeant une politique monétaire selon lui trop restrictive pour le crédit.

Vu le risque que représente l'épidémie de coronavirus pour l'économie mondiale, il n'est pourtant pas improbable que la Fed procède à une nouvelle baisse des taux cette année, en fonction de l'ampleur et de la durée de la pandémie. Selon Julien Manceaux, chef économiste chez ING, la Fed devrait ainsi baisser ses taux directeurs une fois en 2020 et poursuivre ses interventions sur le marché des REPO. Pour l'instant, il estime que l'impact de l'épidémie sera de 1 point sur l'économie chinoise, et de 1/10 sur la croissance mondiale en 2020. ING table ainsi sur une hausse du PIB américain de 1,7% cette année, contre 2,3% en 2019. Mais l'estimation pourrait être revue à la baisse si le virus persiste au-delà du premier trimestre. Ce qui influencerait certainement la politique de Jerome Powell, qui a d'ailleurs mentionné le coronavirus comme un facteur de risque important lors du FOMC fin janvier. 

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