Macro-économie / Taux / Réserve Fédérale / Fed / Jerome Powell
Macro-économie / Taux
Réserve Fédérale / Fed / Jerome Powell
Pourquoi la Fed a paniqué cette semaine ?
Il s’est passé cette semaine à Wall Street un phénomène qui ne s’est pas produit depuis la crise financière de 2008, voire même depuis les jours qui avaient précédé cette crise. Les taux d’intérêt sur le marché des pensions ont subitement grimpé à 10 % dans certains cas, alors que le coût d’emprunt sur ce marché se situe généralement autour du taux de référence fixé par la Fed, soit actuellement environ 2 %.
Il faut rappeler comment fonctionne le marché des prises en pensions. Les banques, les fonds spéculatifs et d’autres acteurs empruntent régulièrement de l’argent à court terme. Et ils offrent généralement en garantie des obligations d’État ou d’autres actifs de qualité équivalente qu’ils rachètent souvent dès le lendemain en payant les intérêts nécessaires. Ces opérations de "prises en pension" ont donné au marché des pensions son nom. Il s’agit d’un marché gigantesque puisque l’on estime que 3 000 milliards de dollars s’y échangent chaque jour de manière très fluide.
Alors que s’est-il passé cette semaine pour que la Fed soit obligée de jouer les pompiers ? Subitement on a pu voir le coût d'emprunt grimper jusqu’à 10 % dans certains cas. Et le taux auquel les banques se prêtent a dépassé le niveau de 2,25 %, soit le sommet de la fourchette fixée par la Fed. De fait, à quatre reprises cette semaine, la Réserve Fédérale a été contrainte d’injecter de l'argent sur le marché en proposant d'acheter aux banques jusqu'à 75 milliards de dollars de bons du trésor ou d'autres actifs afin de renforcer leurs réserves et de les prêter de nouveau.
Ce qui s’est passé est loin d’être anodin pour ceux qui ont un peu de mémoire. Car les tensions sur le marché des pensions de titres ont été parmi les premiers signes de trouble que l’on a pu constater avant la crise financière de 2008. Cette fois, les experts pensent que ce qui s’est passé a été causé par un problème de masse monétaire. Beaucoup d’argent a été retiré du marché par deux événements qui ont coïncidé. Le premier est lié au paiement de l’impôt sur les sociétés. Si bien que les entreprises ont eu subitement besoin d’argent pour payer ce qu’elles doivent au percepteur. La seconde est la date d'échéance des paiements sur une offre récente d'obligations d'État. En outre, la Fed a également réduit régulièrement l'offre globale de monnaie sur le marché, dans le but de rapprocher les conditions de celles d'avant la crise financière. Malgré tout, certains à Wall Street ne croient pas que ces phénomènes suffisent à expliquer l'ampleur de la hausse des taux d'intérêt.
Alors, y a-t-il de quoi s’inquiéter ? Mercredi dernier, le président de la Réserve fédérale, Jerome Powell, a concédé que la Fed n'avait pas anticipé une hausse aussi importante des taux d'intérêt, malgré les avertissements d'un possible resserrement. Mais naturellement il a nié que ce qui avait été constaté était un problème plus grave ou bien que la Fed avait - un moment - perdu le contrôle de sa politique.
À l’heure qu’il est, le calme semble revenu sur le marché des prises en pensions. Les taux ont chuté à la suite de l'action de la Fed et des 200 milliards de dollars qu’elle a injectés en moins d’une semaine. Par ailleurs les marchés boursiers et d'autres éléments du système financier américain ne semblent pas avoir été affectés. Mais certains experts que nous avons interrogés préviennent que la tourmente va probablement se poursuivre.
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