Politique monétaire / Réserve Fédérale / Janet Yellen
Politique monétaire
Réserve Fédérale / Janet Yellen
Quand l’ancienne patronne de la Fed dérape
Invitée hier d’une émission de télévision, l’ancienne Présidente de la Réserve Fédérale a affirmé que cette institution n'a pas besoin d'acheter des actions maintenant, mais que le Congrès devrait reconsidérer les prérogatives de la Fed dans ce domaine. Une déclaration plus que surprenante même si Janet Yellen a souvent étonné par des déclarations controversées lorsqu’elle dirigeait la Banque Centrale américaine.
Pour reprendre les propos exacts de Janet Yellen, cette dernière a déclaré au micro de la chaine CNBC : "Je ne pense franchement pas que ce soit nécessaire à ce stade… mais à plus long terme, ce ne serait pas une mauvaise chose pour le Congrès de reconsidérer les pouvoirs de la Fed en ce qui concerne les actifs qu'elle peut posséder". Cela signifie que dans son esprit ce n’est pas une simple question d’opportunité ou d’adaptation à une situation actuelle des marchés très complexe. Mais bien d’un changement de mode d’intervention radical de la part de l’une des plus anciennes institutions américaines.
Normalement, la Réserve Fédérale n'est autorisée à posséder des dettes fédérales et des agences gouvernementales qu'avec le soutien des pouvoirs publics. Par ailleurs, à l’occasion du Plan Trump, la banque centrale américaine a reçu des pouvoirs spéciaux, en raison de l'épidémie de coronavirus, afin d’acheter d'autres actifs tels que les dettes des entreprises. Qu’il s’agisse de dettes négociées en bourse, ou de dettes émises par des entreprises de taille moyenne.
Mais, persistant dans son idée incongrue, l'ancienne présidente de la Réserve fédérale Janet Yellen estime que les législateurs devraient lui donner plus de marge de manœuvre pour l'avenir même si pour l’instant présent, rien ne permet d’estimer que cela est nécessaire. D’autant que la panique qui s’était emparée de Wall Street semble s’être estompée. Du moins pour le moment.
Ce n’est pas un tabou qu’a brisé Janet Yellen. C’est bien plus que cela : un véritable changement de nature et de dogme pour la Réserve Fédérale, qui constitue pour les Américains une sorte de "roc dans la tempête". Elle l’a d’ailleurs reconnu en affirmant que : "ce serait un changement substantiel que de permettre à la Réserve fédérale d'acheter des actions". Cependant on voit mal l’intérêt pour une Banque Centrale d’intervenir sur le marché des actions. Autant en rachetant des dettes gouvernementales, elle met de l’huile dans les rouages économiques et fluidifie les flux de liquidités. Ce qui est important pour les banques, dont le métier est de soutenir et de financer les entreprises. Le Congrès a par ailleurs autorisé – pour cette période exceptionnelle – à racheter des dettes d’entreprises, de manière à soulager leur bilan.
Mais acheter des actions rendrait service à des spéculateurs et non à l’économie. On peut imaginer que cela apporterait de la liquidité quand Wall Street en manque. Mais cela n’a jamais été le cas jusqu’à présent. Surtout cela poserait la question du devoir de neutralité de la Réserve Fédérale. Quelles actions acheter et sur quels critères ? Avec le risque de redonner vie à un gigantesque "aléa moral". Cette expression qui considère que n’importe quel investisseur ou hedge fund peut investir comme il veut, puisque de toute manière la Fed viendra à son secours.
Bien sûr, d'autres banques centrales - dont la Banque du Japon - ont acheté certaines actions de leur pays pour atténuer le récent carnage déclenché par l'épidémie de coronavirus. En France, la Caisse des Dépôts, qui n’est pas une Banque centrale, mais le bras armé de l’Etat dans l’économie, intervient régulièrement sur le marché des actions. Mais rien ne justifie la très démocrate Janet Yellen de vouloir briser ainsi les piliers qui soutiennent l’efficacité de la Réserve Fédérale depuis des décennies. La période est assez complexe pour les financiers américains comme pour les autres pour ne pas créer un trouble inutile auprès d’eux.
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