Publications, Résultats / L'Oréal / Jean-Paul Agon
Publications, Résultats
L'Oréal / Jean-Paul Agon
Jean Paul Agon s’explique pour WanSquare
Jean-Paul Agon, vous semblez fier des résultats de L’Oréal pour 2019 ?
Oui je ne le cache pas, mais c’est le travail de tous les salariés du groupe. Ce sont eux qui ont permis que le chiffre d’affaires progresse de 8 % à données comparables à près de 30 milliards d’euros et que le résultat d’exploitation bondisse de 12,7 % à 5,54 milliards. Si bien que le bénéfice par action est en croissance de 9,3 %, et le dividende sera augmenté de 10 %. 2019 a donc été notre meilleure année de croissance depuis 2007.
Quelle est l’explication de cette performance ?
Elle tient à un marché de la beauté qui est très dynamique (entre 5 et 5,5 % de croissance) et à une stratégie gagnante. Cette stratégie consiste à concentrer nos investissements, nos efforts et notre énergie de manière à surperformer les segments les plus porteurs du marché.
C’est-à-dire ?
Il y a d’abord le luxe en plein boom depuis quelques années où nos ventes ont augmenté de 13,8 %. Il y a ensuite la cosmétique active (+ 15,5 % de chiffre d’affaires). Le troisième c’est le soin de la peau qui a pris le relais du maquillage. Ensuite nous avons surperformé en Asie en allant presque trois fois plus vite que le marché. Dans l’e-commerce nous enregistrons une croissance phénoménale de plus de 50 %. Enfin il y a le Travel Retail où nos ventes progressent de 25,3 %.
Pourquoi ces six segments précis ?
Ce sont des domaines d’activité que nous avons identifiés au cours des deux dernières années en estimant qu’il y avait là des poches de croissance considérables. De manière à y surperformer, nous y avons surinvesti pour générer des surcroîts de croissance. Et cela a fonctionné.
Et cela va continuer en 2020 ?
Ce sont là des profits historiques et nos meilleures performances depuis 12 ans. Nous sommes confiants dans la capacité à délivrer à nouveau une croissance de l’activité et des résultats. Même si nous savons que notre stratégie devra s’adapter au marché. Le coronavirus, par exemple, va changer quelque peu notre développement en Asie et dans le Travel Retail. Mais nous saurons nous y adapter.
Une décennie historique vient de s’écouler. Qu’est ce qui a marqué L’Oréal ?
Soyons clairs. Le groupe s’est complètement transformé. On a presque doublé le chiffre d’affaires. On a doublé le résultat. On a plus que triplé la capitalisation boursière. Et puis au sein du groupe, il y a eu des rééquilibrages. La division luxe est presque aussi importante que la division grand public. L’Asie est devenue notre première zone de chiffre d’affaires et de croissance.
Et en dehors des aspects purement business ?
Nous avons également mené une très grande transformation sur le plan environnemental et sociétal. Si bien que nous sommes aujourd’hui la seule entreprise au monde à avoir été reconnue 4 fois de suite "triple A" (eau, carbone, forêts) par le CDP, ONG indépendante de référence en matière de sustainability. Nous en sommes très fiers, car c’est le résultat de dix ans de travail. On a également une position de leader dans le domaine égalité femmes-hommes. On a mis en place un système de protection universelle pour tous les salariés. L’Oréal est donc un champion en matière de performance économique mais également extra-financière.
Combien d’utilisateurs des produits L’Oréal y a-t-il dans le monde ?
Nous ne connaissons pas précisément le nombre exact de consommateurs et de consommatrices. Ce qui est sûr, c’est que L’Oréal vend près de 7 milliards de produits par an. Ce qui correspond probablement à environ 1,2 ou 1,3 milliard de consommateurs de nos produits sur la planète.
Comment avez-vous mené la révolution digitale du groupe ?
J’ai déclaré l’année du digital en 2010 pour mobiliser tout le monde. Une révolution digitale qui fait aujourd’hui partie intégrante de notre modèle économique. Chacun a compris qu’il allait se passer quelque chose. Ce mouvement, nous avons su l’orchestrer par région, par marques et par division avec le recrutement d’une Chief Digital Officer.
Plus précisément ?
On a joué sur l’interaction avec la consommatrice. Avant on ne connaissait que la publicité à la télévision ou dans les magazines. Tout a changé avec les moteurs de recherche, les notes et les avis des consommateurs, les blogs, les tutoriels, ou les influenceurs. C’est toute l’interaction qui a été révolutionnée au point de mettre la consommatrice au cœur du sujet. Je suis convaincu que L’Oréal a été la première entreprise de grande consommation à comprendre ce changement d’interaction.
L’e-commerce s’inscrit dans cette révolution ?
Bien sûr. Il y a trois formes d’e-commerce. Des acteurs e–retailers comme Amazon. Puis les branches e-commerce des distributeurs comme sephora.com. Et puis l’e-commerce direct à travers les sites de marques. Et c’est l’optimisation de ces trois canaux qui nous permet d’enregistrer de bonnes performances. C’est fait de manière différenciée d’une division ou d’une marque à l’autre. C’est à nous de suivre nos consommatrices en fonction de leurs besoins, d’ailleurs la pénétration en e-commerce diffère beaucoup d’un pays à l’autre.
Vous allez continuer à vous développer dans le luxe ?
Le luxe est un marché que L’Oréal connaît depuis l’acquisition de Lancôme, il y a plus de cinquante ans, qui est aujourd’hui la première marque de beauté de luxe au monde. Mais le rachat d’Yves Saint Laurent a vraiment inscrit la division luxe de L’Oréal dans le cœur de notre stratégie. C’est cela qui a donné envie à d’autres designers de travailler avec nous. Ça a été le cas de Valentino cette année ou encore de Prada. Et nous ferons tout pour faire grossir cette activité. Car dans les parfums, la taille joue un rôle important.
L’Oréal ne fait jamais de grandes acquisitions ?
Ça ne sert à rien de racheter de la taille. Notre stratégie consiste à identifier des marques qui sont encore à un stade initial de développement et qui ont de forts potentiels de croissance. Et ça marche. Quasiment toutes les marques du groupe ont été rachetées. Les acquisitions nourrissent ensuite la croissance organique. Nous ne sommes donc intéressés que par des marques qui peuvent devenir grandes.
Vous avez mis le paquet sur la recherche et l’innovation ces dernières années ?
C’est l’ADN de L’Oréal : offrir toujours le meilleur de la qualité. Nos consommatrices vont toujours reconnaître le supra de qualité, et pour y parvenir, il faut avoir la meilleure recherche. De fait, nous avons la plus grande force de frappe avec près de 4 000 chercheurs et un milliard d’investissement. C’est ce qui permet de renforcer chacune de nos marques. Et les innovations que nous faisons nourrissent la croissance organique.
Votre "âge pivot" est à 65 ans. Vous quittez donc votre poste en juillet 2021 ?
J’ai déjà dit que je passerai le relais avant mes 65 ans. C’est le travail du comité de nomination et de gouvernance que de désigner qui sera mon successeur. Il est en train d’y travailler.
L’Oréal sera comment dans dix ans ?
Les trois quarts du chiffre d’affaires que L’Oréal fera dans dix ans seront issus de produits qui n’existent pas aujourd’hui. Car par définition les femmes et les hommes attendent toujours quelque chose de mieux, dans la mesure où la beauté est un idéal. D’où l’importance de la recherche. L’Asie aura une place encore plus importante à cause de la démographie. Enfin, je considère que l’Afrique est notre dernière grande frontière. Il faut que l’on réussisse en Afrique que ce que nous avons réalisé en Asie au cours des vingt dernières années.
Propos recueillis par Yves de Kerdrel
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