WAN
menu
 
!
L'info stratégique
en temps réel
menu
recherche
recherche
Abonnez-vous
Abonnez-vous à notre newsletter quotidienne

Politique économique / Eurobonds / MES

Politique économique
Eurobonds / MES

coronavirus 13 économistes plaident pour une ligne de crédit européenne

CORONAVIRUS. Agnès Bénassy-Quéré, Jean Pisani-Ferry et 11 autres économistes européens de renom ont publié une tribune pour demander aux chefs d'État de l'Union Européenne de mettre en place une ligne de crédit Covid émise par le Mécanisme Européen de Stabilité.
Europe - logo
Europe - logo

Après l'échec de l'Eurogroupe de vendredi dernier, qui a démontré l'incapacité des dirigeants des 27 à faire preuve de solidarité en pleine crise du Covid-19, plusieurs économistes de l'UE ont de nouveau uni leurs forces pour faire entendre leur voix sur le sujet des euro-obligations. Dans une tribune publiée sur le site d'opinions Telos, Agnès Bénassy-Quéré, Jean Pisani-Ferry, le directeur de l'institut allemand Ifo Clemens Fuest et dix autres économistes européens de renom estiment que le programme d'achats d'urgence pandémique de la BCE constitue certes un outil essentiel afin de lutter contre la crise économique liée au Covid 19.

Mais selon eux, certains États seront sans doute plus affectés que d'autres, même s'il est encore difficile d'établir des prévisions. Surtout, certains États auront plus de mal que d'autres à émettre de la dette sur les marchés pour financer leur programme de relance. Afin de résoudre ce problème, les experts préconisent donc la création d'une "ligne Covid" au sein du Mécanisme européen de stabilité (MES), l'organe de gestion des crises financières de la zone euro.

En quoi consisterait cette ligne Covid ? Celle-ci serait mise en place par le Mécanisme européen de stabilité et serait caractérisée par sa longue durée, des conditions d'accès spécifiques et une conditionnalité ex post. Elle permettrait d’accorder à tous les États membres des lignes de crédit à long terme dédiées au financement de l'effort lié au Covid. La répartition entre les États membres serait proportionnelle à la gravité des problèmes de santé publique et des difficultés économiques rencontrées.

La conditionnalité devrait être minimale et consister à ce que les États membres s'engagent à faire preuve de transparence dans l'utilisation de la ligne de crédit Covid ; à ne pas s’en servir pour introduire de nouvelles dépenses discrétionnaires ou des baisses d’impôt sans rapport avec la lutte contre la pandémie ; et à mettre fin à l'effort budgétaire anti-Covid une fois la crise passée. La durée de ces lignes de crédit devrait être très longue car les États membres sortiront de la crise gravement affaiblis et ne seront pas en mesure de rembourser rapidement.

Avantage d'une telle ligne ? Elle n’impliquerait qu’un minimum de coordination et de solidarité entre les États membres, car chacun d'entre eux resterait seul responsable de sa dette vis-à-vis du Mécanisme européen de stabilité. Mais cette ligne de crédit Covid aiderait à soutenir l'effort des membres et permettrait de rendre le coût d'emprunt correspondant indépendant des situations budgétaires individuelles. L'augmentation du volume des obligations paneuropéenne (émises par le MES) aurait également un effet stabilisant pour le secteur financier et élargirait le champ d'action de la BCE.

Rappelons que pour le moment le Mécanisme européen de stabilité dispose d'une capacité de prêt de 410 milliards d'euros (3,4 % du PIB de la zone euro), qui peut être augmentée par le Conseil des gouverneurs. Si les 27 ministres des finances, reviennent avec une telle solution d'ici quinze jours, cet instrument pourrait donc être activé très rapidement. "Cette solution aurait l’avantage de mobiliser immédiatement des outils déjà existants permettant de financer des mesures urgentes, sanitaires et économiques. Une fois l’urgence passée viendra le temps de la relance et des investissements de long terme : la question d’un véritable instrument de dette commun se posera de nouveau", explique pour sa part Anne-Laure Kiechel, ex-associée gérante de Rothschild & Co et dirigeante de Global Sovereign Advisory, qui a notamment travaillé pour le gouvernement grec au moment de la restructuration de sa dette.

Une chose est sûre, si l'UE ne parvient pas à s'entendre en cette période exceptionnelle de crise, pour parvenir à un outil de solidarité commun, elle en sera totalement décrédibilisée aux yeux de ses citoyens et du reste du monde. "Du point de vue de ces pays durement touchés, la solidarité européenne sera essentielle pendant cette période sombre, et au-delà. Une absence de coopération lors de cette crise enverrait un signal très négatif, potentiellement fatal au projet européen", avertissent les chercheurs. Même conclusion de la part d'Anne Laure Kiechel : "Face à un choc exogène et symétrique, les pays de la zone euro sont de nouveau à la croisée des chemins. Sauront-ils choisir une action collective ? Une réponse négative pourrait bien acter l’arrêt de la construction européenne et de la fin de la confiance de nos concitoyens dans une Europe qui protège".

Vous souhaitez réagir à cet article ou apporter une précision ?
Commentez cet article