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Politique européenne / Conseil européen / Eurobonds

Politique européenne
Conseil européen / Eurobonds

coronavirus Les Européens incapables de solidarité ?

CORONAVIRUS. Le Conseil européen d’hier soir n’a pas permis aux États de s’entendre sur les modalités d’un instrument de relance de grande ampleur. La balle est dans le camp de la Commission européenne mais les euro-obligations comme l’idée espagnole de dette perpétuelle semblent définitivement écartées.
Bruxelles - Commission européenne
Bruxelles - Commission européenne

Nouvel échec du Conseil européen pour faire avancer la solidarité au sein de l’UE. Les 27 chefs d’États ont terminé leur rencontre d’hier sans être parvenus à trouver un mécanisme commun destiné à financer la relance économique du Vieux Continent, qui traverse la pire crise depuis 1929.

Certes, les dirigeants ont tout de même validé le paquet de mesures censées aider les États à faire face aux conséquences de l’épidémie à court terme : ainsi, dès le 1er juin, la Banque européenne d’investissement (BEI) a proposé de créer un nouveau fonds de garanties, financé par les Etats Membres à hauteur de 25 milliards d’euros. Ce fonds de garantie permettra aux banques européennes d’augmenter leurs crédits aux entreprises, en particulier les PME. L’objectif, à partir de ces 25 milliards, de débloquer 200 milliards de crédits. Enfin, le Mécanisme européen de stabilité (MES) fournira une ligne de crédit de 240 milliards d’euros, pour allouer des prêts aux États membres de la zone euro, à hauteur de 2% du PIB. Enfin, la Commission a instauré un instrument temporaire de soutien aux politiques de chômage partiel (SURE) sous la forme de prêts aux États membres, à hauteur de 100 milliards d’euros.

Mais c’est surtout l’instauration d’un Fonds de reprise dont les 27 devaient discuter hier, depuis qu’un tel mécanisme de relance et doté de moyens bien plus importants a été évoqué le 25 mars dernier, dans une lettre rédigée par 9 des États membres. Or le communiqué publié à l’issue du Conseil s’est pour l’instant contenté de préciser que les États avaient convenu " de travailler à la mise en place d’un Fonds pour la relance, qui est jugé nécessaire et urgent ", sans donner de montant ni de détails sur la façon dont il fonctionnera. Un aveu d’échec que les dirigeants ont tenté de camoufler par une formulation vague et peu convaincante. "Ce fonds devra avoir une envergure suffisante, viser les secteurs et zones géographiques européens les plus touchés et être consacré à la gestion de cette crise sans précédent", peut-on lire dans le document. Incapable de trouver une solution, le Conseil s’est donc tourné vers la Commission pour que celle-ci "analyse les besoins exacts et présente d’urgence une proposition qui soit à la hauteur du défi ", auquel l’UE est confrontée.

"Le Conseil d’hier n’a pas donné d’indication très claire sur la date de naissance de ce fonds ni sur sa taille et son fonctionnement ", déplore ainsi Carsten Brzeski, chef économiste chez ING, qui estime que le sujet ressemble à un jeu de dupe où chaque institution se repasse la balle sans vouloir prendre de décision.

Le communiqué laisse penser que l’UE se dirigera sans doute vers un financement via la Commission, auprès des États, et garanti par ces derniers, à hauteur de leur contribution au budget de l'UE. "À la différence du Mécanisme européen de stabilité, qui est une institution financière disposant d’un capital propre, la Commission ne peut pas accorder de crédit financier à d'autres parties", explique ainsi Julien Manceaux, économiste senior chez ING. Un financement des États par le biais du MES aurait permis aux 27 de ne pas accroître le poids de leur dette nationale. D'où l'insistance de l'Italie et de la France pour l'émission d'eurobonds par le biais du MES. "La Commission devrait emprunter l'équivalent de deux fois le budget annuel puis le redistribuer sous forme de bourse aux fonds de cohésion ou sous forme de prêts aux Etats", poursuit l'économiste."Étalé sur trois ans, le fonds mobiliserait tout au plus 3% du PIB de l’UE, avec un partage des risques quasi inexistant", regrette Julien Manceaux. "Il semble qu'il y ait eu un accord pour baser le fonds de relance sur le nouveau budget de l'UE pour 2021-2027. Toutefois, aucun accord n'a été conclu sur le degré de mutualisation, c'est-à-dire sur les parts relatives des prêts et des subventions accordés par le fonds", expliquent de leur côté les équipes d'UBS. 

L’idée espagnole d’un instrument de dette perpétuelle a visiblement été rejetée hier, tandis que celle des euro obligations ne figure pas non plus dans le communiqué. Deux instruments qui auraient pourtant permis à l'UE de consolider le projet européen, au moment où l'euroscepticisme ne cesse de grimper au sein de pays pourtant considérés comme europhiles, comme l'Italie. Un rendez-vous manqué pour les 27, et qui risque d'affaiblir un peu plus l'Europe des pères fondateurs. 

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