Sur les marchés / Lagardère / Marc de Lacharrière / Vincent Bolloré / Pinault / Amber
Sur les marchés
Lagardère / Marc de Lacharrière / Vincent Bolloré / Pinault / Amber
Des « chevaliers gris » au secours de Lagardère
C’est officiel, même si aucun seuil n’a été franchi, Marc de Lacharrière, qui dispose de 2,5 milliards d’euros de cash, a récemment grignoté quelques pourcents du capital de Lagardère, mais pas assez pour franchir un seuil. Ce n’est pas une surprise. Le patron de Fimalac avait regardé de très près, il y a quelques années le dossier Europe 1. Par ailleurs, il a développé toute une activité d’évènementiel et de salles de spectacles et pourrait trouver chez Lagardère de quoi agrandir son portefeuille dans ce domaine.
Du côté de Vincent Bolloré, officiellement, l’industriel breton ne reconnaît pas avoir acheté de titres. Ni par Vivendi qui dispose d’une montagne de cash et d’importantes synergies avec Lagardère, dans l’édition ou les médias. Ni par la Financière de l’Odet, sa structure familiale, seule société cotée dont il est encore président. Mais cela fait des années qu’il surveille de près ce qui se passe chez Arnaud Lagardère, son voisin de la Villa Montmorency. Non pas par sympathie pour l’héritier qui a mal fait fructifier ses talents. Mais plutôt par souvenir pour ce très grand capitaine d’industrie qu’était Jean-Luc Lagardère. Bien sûr il n’a jamais caché son intérêt pour Europe 1, il y a longtemps déjà et plus encore depuis qu’il possède Canal +.
Enfin il y a la famille Pinault qui regarderait de près le dossier. D’abord parce qu’il s’agit d’une "affaire de place". Parce que François Pinault, comme Vincent Bolloré avait un profond respect pour Jean-Luc Lagardère, et peut-être aussi pour mettre la main sur Paris-Match, qui représente une part du patrimoine et du prestige français.
Ce petit tour de table défensif constitué de ce que le capitalisme compte de plus beaux noms pourrait aider Arnaud Lagardère à conserver son titre, ses rémunérations, et un certain statut. Mais que pèsera "l’enfant gâté" qui a tant détruit de valeur en quinze ans à côté de si riches et si talentueux financiers. Peut-être s’agit-il pour lui de montrer qu’il dispose de soutiens, qu’il n’est pas isolé, même s’il est ruiné ? Mais croit-il vraiment dans sa naïveté confondante que ces soutiens plus ou moins spontanés sont purement désintéressés. Une fois le groupe Lagardère sauvé des griffes d’Amber ou des Qataris, la Seine n’aura pas beaucoup le temps de couler sous le Pont Mirabeau avant que la commandite éclate et que le groupe soit découpé suivant les pointillés.
Mais le plus dommageable dans cette affaire, pour la Place de Paris, c’est le retour de ce capitalisme de connivence, de ses tours de passe-passe de "grand-papa" dictés, non pas par une volonté de création de valeur, ou d’intérêt pour l’actionnaire, mais par la simple défense d’un héritier qui n’a pas été à la hauteur des espoirs que son père avait mis en lui. WanSquare n’a pas un goût immodéré pour les fonds activistes et il l’a montré à plusieurs reprises au point de subir les assauts judiciaires des cow-boys d’Elliott. Mais la démarche d’Amber a ceci de différent, c’est qu’elle cherche à changer la gouvernance du groupe pour permettre au groupe d’être plus fort et de mieux développer ses deux activités principales, sans en faire un tiroir-caisse familial. C’est ce que le proxy advisor, ISS, estime également de son côté. Ce serait dommage, que sur un dossier aussi emblématique, la Place de Paris renoue avec ses vieux démons endogamiques des années quatre-vingt.
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