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Entreprises / Actions / Deezer / Spac / I2PO / Matthieu Pigasse / Artemis / Pinault

Entreprises / Actions
Deezer / Spac / I2PO / Matthieu Pigasse / Artemis / Pinault

Matthieu Pigasse et Xavier Niel font coup double avec Deezer

La plate-forme de streaming musical va se coter en Bourse en fusionnant avec le Spac I2PO, pour une valeur d’entreprise supérieure au milliard d’euros. C’est la deuxième fois que les deux hommes d’affaires réussissent un « deSpac ».

L’histoire d’amour entre Matthieu Pigasse, Xavier Niel et les Spac (Special purpose acquisition company) se poursuit. La plate-forme française de téléchargement musical Deezer a en effet choisi la structure d’investissement I2PO, que le banquier d’affaires a fondée avec la famille Pinault et Iris Knobloch (ancienne dirigeante de WarnerMedia), pour s’introduire en Bourse à la fin du mois de juillet, selon le communiqué diffusé aujourd’hui.

La cotation de Deezer suivra donc la procédure particulière des Spac, ces coquilles vides montées par des personnalités ("sponsors") disposant d’une certaine crédibilité dans un secteur d’activité et introduites en Bourse avec l’argent d’investisseurs. Elles ont un temps limité – en général deux ans – pour acquérir une société non cotée et fusionner avec elle lors d’une phase appelée "deSpac" ou "despacking" (la cible se retrouvant de ce fait cotée).

I2PO avait levé 275 millions d’euros en juillet dernier avec la mission d’acquérir une cible dans les secteurs du divertissement.

Les termes de la transaction déterminent pour Deezer une valeur d’entreprise de 1,075 milliard d’euros (dette comprise donc). En plus des fonds levés par le Spac, la plupart des actionnaires historiques de Deezer (Xavier Niel, l’ancienne filiale de Vivendi Universal Music Group, Warner Music, l’opérateur télécoms français Orange, les sociétés d’investissement Access Industries et Eurazeo, ainsi que le fonds souverain saoudien Kingdom Holdings) et un groupe de nouveaux investisseurs "de long terme" (dont Artemis, Media Participations et la banque d’investissement publique Bpifrance) vont souscrire à une augmentation de capital d’au moins 120 millions d’euros. Selon les protagonistes, Deezer pourrait recevoir jusqu’à 425 millions d’euros.

L’accord avec I2PO représente pour Deezer l’occasion de se relancer. La plate-forme française, qui affiche 9,6 millions d’abonnés payants dans 180 pays pour un portefeuille supérieur à 90 millions de titres et un chiffre d’affaires de 400 millions d’euros, a en effet vu son poids relatif reculer ces dernières années : sa part de marché mondial atteint 2%, contre 31% pour le suédois Spotify (fort de 180 millions d’abonnés payants), 15% pour Apple et 13% pour Amazon Music. Elle est surtout importante en France (avec une part de marché de 29%). Au cours des deux dernières années marquées par la pandémie, le Français a gagné 800.000 abonnés supplémentaires. Il affichait une perte opérationnelle de 120,6 millions d’euros en 2021, contre 88,3 millions un an plus tôt.

Deezer avait tenté une première fois de s’introduire en Bourse en 2015 à Paris, invoquant des conditions de marché défavorables. Après un départ en trombe, la plate-forme française de streaming souffrait déjà à l’époque la comparaison avec son rival historique, Spotify. Mais les dirigeants de Deezer et d’I2PO, ainsi que ces nouveaux puissants soutiens, comme François-Henri Pinault, sont pleins d’espoir : ils prévoient de porter le chiffre d’affaires de Deezer au milliard de dollars d’ici à 2025.

La plate-forme française veut poursuivre sa stratégie historique : rester centrée sur le streaming musical, par opposition à Spotify, qui s'est diversifiée massivement dans le podcast. Elle entend également jouer sur son indépendance, par rapport aux filiales d’Apple et d’Amazon.  Elle veut en revanche se développer dans de nouveaux marchés internationaux. Après s’être implanté au Brésil en s'appuyant sur un partenariat avec l'opérateur de téléphonie italien TIM, Deezer vise l'Allemagne via un partenariat avec RTL+, annoncé fin 2021.

Un chemin a priori alambiqué mais qui peut répondre à l’intérêt des différentes parties prenantes : pour l’entreprise qui va être achetée, le Spac évite à la société cible la procédure de l’introduction en Bourse, particulièrement lourde aux Etats-Unis et qui l’oblige à dévoiler de nombreuses informations et prévisions financières. De leur côté, les investisseurs du Spac peuvent, une fois la cible choisie, refuser l’opération et préférer être remboursés.

2020 a été l’année des Spac, dont le nombre a littéralement explosé aux Etats-Unis – jusqu’à représenter 49% du montant des introductions en Bourse à Wall Street. La tendance s’est depuis largement calmée outre-Atlantique, tandis que l’engouement a été bien plus modeste en Europe. Beaucoup de Spac n’ont toujours pas trouvé de cible, créant une pression à l’investissement dangereuse pour les actionnaires du Spac.

Matthieu Pigasse et Xavier Niel creusent leur sillon comme spécialistes des Spac en Europe. Son précédent véhicule 2MX Organic, lancé avec Alexandre Zouari, a fusionné avec InVivo Retail pour créer un géant de la nouvelle distribution. De quoi inspirer confiance aux investisseurs, alors que les Spac ne se concluent pas toujours de manière heureuse.

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