Entreprises / Actions / Deezer / Spotify / Bruno Le Maire / streaming / Streaming musical / Spac / Xavier Niel
Entreprises / Actions
Deezer / Spotify / Bruno Le Maire / streaming / Streaming musical / Spac / Xavier Niel
Mardi noir pour l'action Deezer
Évènement rare : Bruno Le Maire avait fait le déplacement dans les locaux d’Euronext à Paris. Mais la participation du ministre de l’Economie à la traditionnelle cérémonie de la cloche ne s’est révélée d’aucun secours pour les débuts en Bourse, catastrophiques, de Deezer. L’action du service de streaming musical dévissait mardi de 27%, autour de 6,20 euros, en fin d’après-midi. Le titre a même perdu jusqu’à 35% dans la matinée. Une forte défiance qui peut illustrer l’un des écueils d'une entrée en Bourse par le biais d’un "Special Purpose Acquisition Company" (SPAC).
A la différence de la procédure classique de l'IPO, qui mesure directement - lors de la période de souscription - l’intérêt des investisseurs institutionnels ou particuliers pour la société qui s’introduit, en permettant d’ajuster si besoin le prix pour en assurer la réussite, l’introduction en Bourse via un SPAC laisse seulement découvrir le jour J ce qu’en pense le marché. En l’occurrence, la valorisation de 1,05 milliard d’euros (valeur des titres pre-money sur une base pleinement diluée) choisie dans le cadre de la fusion de Deezer avec I2PO, le SPAC de Iris Knobloch, François-Henri Pinault et Matthieu Pigasse, est jugée un peu optimiste. Le marché assigne, lui, d’emblée à l’entreprise une capitalisation de 700 millions d’euros.
Ajustement brutal
"Il était prévu que la valorisation de Deezer, négociée il y a quelques mois, s'aligne sur les valeurs actuelles du marché", justifie l’entreprise, citant la baisse de 13% enregistrée dans l’intervalle par l’indice américain des valeurs technologiques, le Nasdaq, ou encore les chutes de 28% du concurrent Spotify ou de 48% de Netflix. La société pointe aussi l’inconvénient du "faible flottant dans les 9 premiers mois [qui] empêche certains investisseurs d'acheter des actions", et du flux important de vendeurs avec "certains actionnaires de longue date désireux d'obtenir de la liquidité et prêts à vendre à bas prix étant donné leur prix d'entrée très bas".
Cependant, comme le montre la récente introduction réussie de FL Entertainement, la Bourse préfère aussi des SPACs aux modèles économiques éprouvés alors que celui de Deezer doit encore faire ses preuves. L’entreprise revendique certes le rang de deuxième plateforme indépendante de streaming musical au monde avec 9,6 millions d'abonnés, mais sa part de marché de 2% ne la place en réalité qu’au 7ème rang du secteur, loin derrière Spotify (31%), Apple Music (15%), Amazon Music (13%), ou encore Tencent, YouTube et Netease. Le chiffre d’affaires de 400 millions d’euros réalisé l’an dernier par Deezer figure très loin, également, des 9,6 milliards d’euros de Spotify. Surtout, Deezer ne gagne pas d’argent, le groupe ayant enregistré une perte nette de 123,3 millions d’euros.
Un marché de 41,6 milliards de dollars
Évidemment, le marché est porteur. "Le streaming musical est le segment du marché de la musique enregistrée qui connaît la croissance la plus rapide, avec des revenus qui ont augmenté à un taux de croissance annuel moyen (TCAM) de 28 % entre 2016 et 2020, pour atteindre un marché total adressable d'environ 22 milliards de dollars en 2020", souligne le groupe. Et, d’après les projections avancées par la société, "le nombre d’abonnés devrait continuer à croître à un TCAM de 10 % entre 2020 et 2027, permettant au marché d’atteindre 41,6 milliards de dollars, le taux de pénétration des abonnés au streaming musical passerait ainsi de 8 % de la population mondiale en 2020 à 14 % en 2027". Dans cet environnement si prometteur, tout l’enjeu pour Deezer sera donc de grandir, d’atteindre la taille critique, pour au moins devenir rentable. En ce sens, la cotation en Bourse peut constituer un atout, permettant à l’entreprise de lever des fonds pour accompagner sa croissance.
Dans le cadre de l’opération, Deezer a reçu 143 millions d'euros de fonds nouveaux, provenant des fonds détenus par I2PO et des fonds levés dans le cadre d’un placement privé (ou Pipe, pour "private investment in public equity"), souscrit par la plupart des actionnaires existants de Deezer, notamment Access Industries, UMG, Warner Music, Orange, Kingdom Holding, Eurazeo et Xavier Niel, ainsi que par un groupe restreint d’investisseurs de long terme français et internationaux, parmi lesquels Groupe Artémis, Bpifrance et Media Participations.
Par ailleurs, "cette introduction en bourse va non seulement apporter de nouveaux capitaux pour financer le développement de Deezer, mais aussi permettre à des actionnaires n'opérant pas sur les marchés privés de participer et d'investir aux côtés des actionnaires actuels", a souligné Guillaume d’Hauteville, le président du conseil d’administration de Deezer. L’entreprise, qui annonce une croissance à deux chiffres au premier trimestre, en est persuadée : son "excellent produit" et sa "stratégie très claire" lui permettront de doubler ses revenus d'ici 2025. Une saine ambition qui pourrait toutefois ne pas suffire à faire évoluer son statut de challenger de petite taille.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

