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Et si Lagardère abandonnait la commandite ?

Dirigeants, gouvernance / Lagardère / Amber / Vincent Bolloré / Marc de Lacharrière / Rothschild & Co

Dirigeants, gouvernance
Lagardère / Amber / Vincent Bolloré / Marc de Lacharrière / Rothschild & Co

Et si Lagardère abandonnait la commandite ?

Le schéma imaginé par la banque Rothschild & Co pour répondre aux vœux de changement de gouvernance d’Amber, tout en sauvant Arnaud Lagardère pourrait bien voir le jour. A la faveur de l’arrivée de nouveaux actionnaires.
Arnaud Lagardère
Arnaud Lagardère

Quel intérêt Marc de Lacharrière, qui a montré depuis des décennies à quel point il était un actionnaire avisé, aurait-il à acheter aujourd’hui des actions Lagardère ? Un peu moins de 5 % sans doute, puisqu’il n’a pas franchi officiellement ce seuil déclaratif. Certains affirment qu’il serait intéressé par des salles de spectacles détenues par le groupe d’Arnaud Lagardère. Mais pour acheter ces actifs périphériques il suffit d’une petite transaction, sans pour autant s’embarquer dans la galère du capital de ce conglomérat ?

Quel intérêt Vincent Bolloré, dont on voit l’ombre se profiler, parmi ceux qui viendraient au secours d’Arnaud Lagardère, aurait-il à acheter un paquet de titres ? Certains affirment que c’est par pure amitié envers le fils unique de Jean-Luc Lagardère, pour lequel il avait un immense respect. Certes mais l’industriel breton ne passe pas pour un philanthrope. Par ailleurs il y a de très beaux actifs dans l’édition au sein du groupe Lagardère qui pourraient intéresser Editis, filiale de Vivendi. Une société dirigée par Michèle Benbunan, une ancienne d’Hachette justement. Mais là encore, il peut être plus difficile quelque fois de négocier le rachat d’un actif au sein d’une société dont on est actionnaire, au risque d’être en plein conflit d’intérêts.

Alors est-ce que finalement ces deux financiers avertis ne seraient pas venus au secours d’un Arnaud Lagardère fortement menacé par le fonds Amber, désormais détenteur de 18 % du capital – et qui pourrait bien encore accroître sa participation d’ici le blocage des titres préalable à l’assemblée – en contrepartie de certaines assurances concernant un changement nécessaire et inéluctable dans la gouvernance si défectueuse de ce groupe. Depuis le mois de février la banque Rothschild & Co qui conseille depuis longtemps Lagardère travaillerait sur un abandon du statut de société en commandite. Ce qui permettrait de réconcilier la détention du capital avec l’exercice du pouvoir, comme c’est le cas dans toutes les sociétés anonymes.

Il se murmure qu’Arnaud Lagardère, pris en tenaille entre la montée d’un actionnaire très hostile, la chute du cours de bourse, son endettement personnel et la suppression du dividende qui devait être versé au titre de 2019, se serait rallié à cette solution. Toute la question va être de savoir combien vaudrait l’abandon du statut de société en commandite pour celui qui en est le principal bénéficiaire puisqu’il est le seul à détenir les clés de ce statut baroque. Lorsque Jean-François Hénin a renoncé, pour la société pétrolière Maurel et Prom, au statut de commandite, il a reçu en contrepartie 17,5 % des actions de cette société désormais revendue. Avec le consentement des autorités boursières, et naturellement l’approbation de ses actionnaires, il avait repris à son compte la "jurisprudence" Yves Saint-Laurent qui avait bénéficié à Pierre Bergé.

Dans ce dossier Rothschild travaillerait sur un abandon de la commandite en contrepartie de l’émission de 10 % d’actions nouvelles au profit d’Arnaud Lagardère. Ce qui lui permettrait de redevenir un actionnaire structurant avec près de 17,5 % du capital. Reste à savoir, si après avoir détruit tant de valeur depuis quinze ans, les actionnaires actuels seraient d’accord pour faire un si beau cadeau à ceux qui a si mal fait fructifier le patrimoine familial. On pourrait même se demander, de manière générale, si l’abandon du statut de commandite justifie une compensation pour celui qui assure en supporter tous les désagréments, notamment, en théorie la responsabilité sur ses biens propres. Mais ce débat sera laissé aux exégètes du droit des sociétés et éventuellement à l’Autorité des Marchés Financiers qui pourrait se saisir de la question.

L’avantage de l’arrivée de Marc de Lacharrière et de Vincent Bolloré au capital, est que ces deux nouveaux actionnaires viendraient soutenir ce schéma, auquel les Qataris sont également favorables. Ce qui permettrait à Arnaud Lagardère de gagner du temps. On sait qu’un tel schéma à été soumis à Amber – pourtant demandeur du statut de société en commandite – par Rothschild. Mais le fonds ne semble pas d’accord sur les modalités financières supposées d’un tel changement de statut. Une chose est sûre : l’idée est bien dans l’air. Ce qui signifie que même si cela permet à Arnaud Lagardère de sauver la face, ce sera tout de même in fine une "victoire à la Pyrrhus".

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