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Axa devrait finalement verser un demi-dividende
En février dernier, alors que la France vivait encore dans le "Monde d’avant" de l’épidémie de coronavirus, qui restait une spécificité chinoise, le groupe Axa, fort de ses très bons résultats de l’exercice 2019 annonçait vouloir distribuer à ses actionnaires un dividende de 1,43 euro par action, en hausse de 7 % par rapport à l’an dernier, et correspondant à un taux de distribution de 52 %.
Tout cela paraissait bien banal. D’autant plus que l’assureur français, dirigé par Thomas Buberl continuait de faire la course en tête avec un chiffre d’affaires en hausse de 5 % à 104 milliards d’euros, toutes les lignes de métiers et toutes les zones géographiques contribuant à cette croissance. Avec aussi une croissance de 5 % du résultat opérationnel par action, soutenue par une forte rentabilité technique. Bref tout était justifié pour qu’à l’instar des actionnaires d’Allianz, de Generali, de Swiss Re et de tant d’autres concurrents européens, le groupe puisse lui aussi rémunérer correctement les risques pris par ses actionnaires. Et rendez-vous était pris pour une assemblée générale le 30 avril dernier qui devait bénir tout cela.
Mais dès que l’épidémie s’est transformée en pandémie mondiale, obligeant la France à opter pour le confinement et donc à mettre son économie sous cloche, de très nombreux groupes, contraints d’opter pour des mesures de chômage partiel, ont vu leurs dirigeants réduire leur rémunération par solidarité. Et l’État a fait savoir que toutes les entreprises qui demandaient de l’argent public pour faire face à des creux de trésorerie ne pouvaient moralement distribuer en même temps des dividendes à leurs actionnaires.
À cela s’est ajoutée la voix du superviseur français des professions financières, qui a demandé le 3 avril aux assureurs de se fixer comme objectif prioritaire de préserver, voire de renforcer leurs fonds propres, car "la chute des marchés financiers, les difficultés rencontrées par leurs clients et (…) une forte dérive prévisible de la sinistralité sont susceptibles d’avoir un impact majeur sur le bilan des assureurs". Aussi, l’ACPR a estimé que les assureurs "devaient s’abstenir de proposer la distribution de dividendes, au moins jusqu’au 1er octobre 2020".
Aussitôt Axa, qui avait prévu de proposer un dividende en hausse de 7 %, a annoncé décaler son assemblée générale de deux mois, au 30 juin, "en vue de favoriser le dialogue avec les autorités européennes, françaises et étrangères du secteur de l’assurance". Son directeur général, Thomas Buberl, s’en est justifié, il y a deux mois, dans une interview accordée au Journal du Dimanche en affirmant : "Nous ne pouvons pas subir des règles qui ne s’imposeraient pas à nos concurrents européens, notamment allemands." En Allemagne, Allianz et Munich Re confirmaient au même moment le versement de leurs dividendes et leur programme de rachat d’actions.
Et cela même si l’Eiopa, le régulateur européen, a déclaré à son tour le 2 avril dernier qu’"étant donné le niveau d’incertitude quant à la durée, l’étendue et la force de l’impact du Covid-19 sur les marchés financiers et l’économie", il demandait aux assureurs et aux réassureurs "de suspendre temporairement toutes les décisions de distribution de dividende et de rachat d’actions destinés à rémunérer les actionnaires".
Discussions intenses avec les pouvoirs publics
Depuis le directeur général d’Axa et le conseil d’administration, dont la mission est de proposer le versement ou non d’un dividende, ont discuté avec l’ACPR que préside de droit le Gouverneur de la Banque de France, mais aussi avec Bercy. Avec comme argument principal qu’empêcher Axa de verser un dividende créerait une distorsion de concurrence à son détriment, dans la mesure où ses concurrents ont tous pu rémunérer leurs actionnaires.
Finalement, selon les informations obtenues par WanSquare, les dirigeants d’Axa s’apprêtent à proposer le 30 juin prochain aux actionnaires – dans un premier temps, à l’instar de Generali – le versement d’un demi-dividende dont le montant pourrait être fixé à 0,70 ou 0,75 euro. Comme Axa n’a pas touché un euro d’argent public dans cette crise, et a parfaitement joué son rôle d’assureur, et même d’entreprise citoyenne en abondant le fonds de solidarité des entreprises créé par Bercy pour les PME et les TPE et dispose d’un ratio de solvabilité solide à 182 % au 31 mars, cette annonce devrait se faire sans que les pouvoirs publics ne poussent le moindre cri d’orfraie.
C’est donc une victoire pour Axa qui aura réussi à faire valoir son point de vue et à obtenir gain de cause pour ses actionnaires. Même si en termes d’opinion publique, cette mesure risque de ne pas être comprise par tous. D’autant plus que dans cette crise, si les banques ont pu conserver une bonne image grâce aux dispositifs d’aide mis en place (notamment le PGE) les assureurs ont joué le rôle de bouc émissaire.
Mais sur un marché financier mondialisé où les actionnaires des groupes du CAC 40 sont à majorité étrangers, une émotion purement cocardière ne peut faire office de règle de droit. Et de cette crise, bon nombre d’investisseurs étrangers vont retenir que la Place boursière de Paris est davantage contrôlée par le diktat de l’État que par la simple loi de l’offre et de la demande. Un dommage collatéral qui risque de coller à la peau des grandes valeurs françaises, pendant de longues années, à travers une décote par rapport aux cours de Bourse de leurs concurrentes étrangères.
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