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Atice Europe / patrick drahi
Altice Europe pénalisé par les médias
Alors que jusqu'ici, les opérateurs télécoms avaient réjoui les investisseurs en publiant de solides résultats trimestriels malgré les affres de la pandémie de coronavirus, Altice Europe - notamment propriétaire de SFR - a plongé hier jeudi de 14 % à la Bourse d'Amsterdam (à 3,45 euros), après la publication mercredi après-Bourse de ses comptes du premier trimestre, qui ne se sont révélées que très légèrement inférieures aux attentes. Au même moment, les Bourses européennes terminaient en légère baisse.
Le groupe avait déjà donné un avant-goût de sa situation la veille, en annonçant la restructuration de son pôle média NextRadioTV, qui a vu s'effondrer ses recettes publicitaires en raison du confinement. La maison mère de BFMTV et RMC prépare en effet un plan social qui prévoit la fermeture de la chaîne RMC Sport News, aura recours aux intermittents, aux pigistes et aux consultants divisés par deux et qui affectera aussi les CDD et les CDI (sans préciser le nombre de départs visés). Ces mesures (qui avaient fait progresser l'action de près de 6 % mercredi) s'ajoutent à la sortie d'Alice de l'activité de presse, qui se traduit par la vente de L'Express à Alain Weill et la cession, annoncée la semaine dernière, de Libération à une fondation.
L'imperméabilité relative du secteur des télécoms à la crise se retrouve néanmoins dans plusieurs éléments. Altice a ainsi a publié un chiffre d'affaires en hausse de 3,1 % à changes constants au premier trimestre (pour atteindre 3,63 milliards d'euros), grâce à la progression de l'activité télécoms dans l'ensemble de ses implantations géographiques (sauf la République dominicaine). Et ce en dépit des retards pris dans les chantiers de fibre optique en raison du confinement, de la baisse des ventes d'équipements liée à la fermeture des boutiques et de la chute des revenus de roaming en raison de la limitation des voyages à l'étranger. Le flux de trésorerie d'exploitation a progressé de près de 12 %, à 592 millions d'euros.
En outre, l'opérateur maintient ses objectifs pour 2020 de hausse de chiffre d'affaires et d'Ebitda, mais aussi de désendettement. La dette nette d'Alice atteignait 31,2 milliards d'euros au 31 mars, mais le groupe assure qu'aucune ligne de crédit majeure n'arrivera à maturité d'ici 2025, après avoir procédé à des restructurations de dettes depuis le début de l'année. Il a annoncé le même jour l'allongement de la maturité et un remboursement partiel de la facilité de financement d'entreprise. "Cette transaction démontre l'engagement d'Altice Europe à gérer de manière proactive ses passifs à travers sa structure de capital, améliorant considérablement son échéancier sans échéances importantes avant 2025", a expliqué l'entreprise. À la suite de cette transaction et à l'activité de refinancement importante de janvier 2020, la maturité moyenne de la structure du capital de la dette d'Altice Europe a été prolongée de 0,7 an et au 31 mars 2020, la maturité moyenne est de 6,3 ans. Enfin, à "moyen terme", il s'estime en mesure de générer un flux de trésorerie organique au-dessus du milliard d'euros. Ces perspectives reposent sur une reprise économique progressive.
Côté mauvaises nouvelles, l'activité dans les médias - témoignage de certains opérateurs de se déployer dans le contenu - a en revanche été "sévèrement" touchée par la pandémie : ses revenus ont décliné de 7,7 % sur le trimestre. Altice est également pénalisé par la suspension de la Ligue des champions de football depuis mars. Patrick Drahi, le fondateur du groupe, a affirmé qu'il comptait "récupérer de l'argent" sur les droits de retransmission pour la France, acquis à grands frais en 2017 pour trois ans (plus d'un milliard d'euros, soit 350 millions par saison)
L'Ebitda a progressé de 0,7 % à changes constants, à 1,33 milliard, un montant légèrement inférieur au consensus des analystes (1,33 milliard). "Nous avons déjà payé 175 millions en juillet l'an dernier pour la première partie de la saison et nous avons payé en janvier 175 millions supplémentaires pour la deuxième partie de la saison. Le problème est le suivant : je n'ai vu personne jouer depuis mi-mars. Nous n'allons pas payer [l'UEFA] pour quelque chose que je n'obtiens pas, ok ?", a déclaré Patrick Drahi.
La sanction boursière peut paraître donc sévère au regard des éléments communiqués par Altice mercredi. "Le groupe n'est que marginalement impacté par la crise sanitaire et a poursuivi la renégociation de sa dette malgré le contexte, permettant au groupe de Patrick Drahi d'afficher une nouvelle guidance ambitieuse et il y a peu encore inespérée de 1 milliard d'euros de free cash flow. Altice va continuer de bénéficier de l'amélioration de l'environnement concurrentiel en France", estime Oddo BHF. On ne peut exclure l'hypothèse d'une prise de bénéfices, l'action ayant atteint 4,05 euros mercredi soir après une progression de 16 % en début de semaine. Même en prenant en compte la dégringolade d'hier, l'action reste en hausse de 3,8 % en un mois.
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