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Solocal / Fonds d'investissement

Solocal va passer sous contrôle de créanciers étrangers 

Les fonds d’investissement qui ont regardé le dossier de cette grande entreprise numérique française, ont tous jeté l’éponge, y compris Montefiore. De fait la voie est libre pour que les créanciers prennent le contrôle de Solocal. Sans que Bercy ne bouge le moindre petit doigt.
Pages jaunes - Solocal
Pages jaunes - Solocal

Solocal s’apprête à entrer dans les annales du massacre des actionnaires au profit de créanciers étrangers et de fonds vautours. Tout cela sans que le Ministère de l’Economie n’y voie le moindre inconvénient. C’est ce qu’il ressort des dernières informations que WanSquare a obtenues au Trésor, où l’on surveille tout de même de près l’évolution de ce dossier. D’autant plus qu’Arnaud Montebourg, l’ancien Ministre du Redressement productif, vient d’écrire à Bruno Le Maire afin de le mettre en garde contre l’abandon de ce fleuron français du numérique. 

Selon les dernières informations obtenues par WanSquare, tous les fonds d’investissement qui ont été approchés – et notamment Montefiore – afin d’apporter de la "new money" ont désormais jeté l’éponge faute de pouvoir trouver un accord avec les créanciers, qui de fait, détiennent aujourd’hui les quatre cinquièmes de la valeur d’entreprise de Solocal et qui sont très heureux d’empocher un intérêt de plus de 10 % par an. 

La prochaine étape devrait donc avoir lieu le 24 juillet prochain, date à laquelle les actionnaires de Solocal seront convoqués, dans le cadre d’une assemblée générale mixte. Les deux principales résolutions qui seront discutées ce jour-là devraient être, d’une part une augmentation de capital de l’ordre de 100 millions d’euros ouverte à tous, mais que les créanciers sont prêts à souscrire en intégralité et d’autre part la conversion en actions d’une partie des 480 millions d’euros de créances, de manière à restaurer le bilan de Solocal. 

Dans l’absolu, il s’agit de bonnes nouvelles pour la société. Mais là où les actionnaires vont sans doute avoir du mal à avaler la pilule, c’est que toutes ces opérations devraient se faire sur la base d’une valorisation de 3 à 5 centimes par titre, qui constitue la contrepartie d'une gigantesque dilution. Alors que le dernier cours avant suspension des cotations était de 16 centimes, et qu’il y a un an le titre valait un euro par action. La capitalisation boursière retenue pour cette opération serait donc de l’ordre de 20 millions d’euros, alors que lorsque France Telecom l’a cédée en 2006 à KKR et Goldman Sachs, l’entreprise était valorisée 6 milliards d’euros, soit 350 fois plus.

Que Solocal ait été mal gérée et ait mal négocié certains virages du numérique, c’est incontestable. Que le plan de restructuration de 2016 ait chargé le bilan d’une dette colossale avec la bénédiction de la mandataire ad hoc Hélène Bourbouloux, est beaucoup moins justifiable. Que les créanciers qui ont souscrit cette dette tordent aujourd’hui le bras des actionnaires, sous le regard béat d’un président incompétent et sans aucune empathie pour les porteurs de titres, c’est hélas la loi du capitalisme. Mais que Bruno Le Maire, qui mène un combat public contre les GAFA ne bouge pas le petit doigt pour ce fleuron français du numérique est incompréhensible. 

Il est sain que l’Etat ne nationalise plus les pertes comme au temps des socialistes. Mais il ne lui est pas interdit de classer Solocal entreprise stratégique pour le numérique français, et éviter que les fonds vautours viennent faire leur marché en ramassant à vil prix les victimes du Covid-19. Comme le souligne Arnaud Montebourg dans son courrier à Bruno Le Maire, on peut s’interroger sur le sort qui attend les 3.550 salariés de Solocal une fois que Golden Gree et autres créanciers auront mis la main sur cette entreprise. Ils vont traire la vache jusqu’à ce qu’elle n’ait plus de lait avant de l’envoyer à l’abattoir. L’histoire est, hélas, écrite par avance. Et le pire, dans cette affaire, c’est que ce hold-up, qui n’est pas à l’honneur de la Place de Paris, devrait donner lieu au paiement de près de 20 millions d’honoraires en tous genres à des avocats, banquiers, et même aux conseils des futurs propriétaires… On croirait rêver, si ce n’était pas un cauchemar, qui en dit long sur les mœurs du capitalisme non régulé.

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