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Ce hold-up indécent qui se prépare sur Solocal

Alors que la société a brisé ses covenants pendant la crise, les créanciers essaient d’obtenir une nouvelle fois une conversion de dette en actions. Montefiore, de mèche avec les dirigeants, a fait une offre de 130 millions d’euros pour la moitié du capital. Ce qui valorise l'entreprise deux fois son résultat opérationnel... Un hold-up béni par les grands noms de la finance !
Pages jaunes - Solocal
Pages jaunes - Solocal

Quatre ans après le dernier marathon de sa restructuration financière, Solocal est à nouveau sur la corde raide. En cause bien sûr, la crise du coronavirus, qui a impacté son budget 2020 de 150 millions d’euros si bien que le groupe attend désormais une baisse de 20% de ses ventes cette année. Ce qui ne l’empêchera pas, toutefois de dégager 130 millions d’euros d’Ebitda. La crise l’a aussi conduit à réviser ses projections de cash flows, avec des besoins financiers estimés à 40 millions d’euros cette année et 35 millions l’année prochaine.

En raison du trou d’air des trois derniers mois, Solocal a brisé ses fameux covenants, ces seuils de dette négociés avec ses créanciers lors de sa dernière restructuration financière. Ce qui autorise dès lors ces derniers – emmenés par Golden Tree et Melqart Asset Management – à demander la conversion de leurs créances en equity. Ces derniers auraient proposé un schéma très agressif, leur permettant de prendre 90 % du capital, écrasant les actionnaires actuels – JO Hambro Capital, River and Mercantile AM, DNCA – à 10 %.

Face à cette proposition, les parties prenantes se sont mobilisées pour éviter un nouveau debt-for-equity swap, qui serait très douloureux pour les porteurs de parts. Amené par Pierre Danon, un nouveau fonds a fait son entrée dans les discussions. Il s’agit de Montefiore, qui après avoir mis sur la table 100 millions d’euros – ce qui est proprement aberrant pour une entreprise qui dégage un résultat opérationnel de 130 millions d’euros en année de crise - proposerait maintenant 130 millions d’euros pour obtenir 50 % des parts. A cela viendraient s’ajouter les 30 millions d’euros de Prêt Garanti par l’État que le groupe espère obtenir. Mais sur ce point il y a loin de la coupe aux lèvres. Aucune banque ne veut prêter à Solocal, dont le dossier est sur le bureau du CIRI, l’hôpital des groupes considérés par l’État en très mauvais état.

Le fonds Montefiore, dirigé par Éric Bismuth, soutient par ailleurs le management dans sa stratégie et compte même l’associer très largement à son projet de prise de contrôle. Quand il parle d’associer les salariés, il s’agit en fait de Pierre Danon, d’Eric Boustouller, le directeur général et d’Olivier Regnard le directeur financier, un ancien de Latécoère ; ce qui n'est pas rassurant. Les fonds créanciers auront la possibilité d’obtenir remboursement mais aussi de prendre part au nouveau schéma, en accordant une conversion de la moitié des 480 millions d’euros de dette. Encore faut-il qu'ils donnent leur accord. Car pour l'heure, ce sont eux qui "tiennent" l'entreprise.

Selon les informations obtenues par WanSquare de sources bancaires, ce véritable "hold-up" voulu par Montefiore a été préparé depuis plusieurs mois avec l’assentiment des managers. Eric Bismuth, le patron de ce fonds a reconnu qu’il négociait depuis six mois, lorsque les actions Solocal s’échangeaient à près de 0,60 euros (d’où une capitalisation boursière de 350 millions d’euros, bien trop élevée pour Montefiore). La chute du titre depuis cette date est notamment liée à l’annonce par le management – en contravention avec le règlement général de l’AMF – de la décision de suspendre le paiement de l’intérêt trimestriel, faite en pleine séance de bourse et sans suspension de cotation. Cela permet aujourd’hui à Montefiore d’arriver en "pseudo-sauveur" en valorisant l’ex-Pages Jaunes à 260 millions d’euros, soit deux fois son résultat opérationnel…

Ce qui est aberrant dans cette affaire, c’est que les dirigeants semblent apparaître comme les complices d’une spoliation des actionnaires alors que leur rôle de mandataire social, selon le Code de Commerce, indique que toutes les décisions qu’ils prennent doivent l’être dans l’intérêt des seuls actionnaires. Idem pour la Banque Rothschild & Co qui est payée plusieurs millions d’euros par Solocal pour proposer une solution qui permet à un fonds de "lessiver" les actionnaires. Tout ce petit monde s’apprête à convoquer le plus rapidement possible une assemblée générale extraordinaire – à huis-clos naturellement – pour mettre la dernière main à ce hold-up du siècle, fait de surcroit avec la bénédiction d’Hélène Bourbouloux, la célébre mandataire ad hoc désignée par le Tribunal de Commerce dans des dossiers difficiles. Il est vrai que celle-ci a contribué à "handicaper" Solocal en laissant une dette obligataire résiduelle de 400 millions d’euros, à échéance trop courte de 2022 et avec un taux variable qui s’élève aujourd’hui 10 %.

Selon les informations obtenues par WanSquare, de nombreux actionnaires petits ou gros, qui regardent de loin ces grands noms de la finance participer à ce festin indécent, préparent d’ores et déjà des procédures au pénal contre les dirigeants de Solocal et les banquiers-conseils.

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