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Fromage et dessert pour les créanciers de Solocal

Fusions, Acquisitions / Solocal / Pierre Danon

Fusions, Acquisitions
Solocal / Pierre Danon

exclusif Fromage et dessert pour les créanciers de Solocal

EXCLUSIF. Pierre Danon, le président non exécutif de Solocal (ex-Pages Jaunes) semble davantage défendre les intérêts des créanciers de l’entreprise que les actionnaires qu’il entend réduire à néant lors de l’assemblée générale du 24 juillet prochain. Avec la complicité du Trésor et de la mandataire ad hoc.
Pierre Danon
Pierre Danon

L’action Solocal a perdu hier plus de 24 % de sa valeur après un mois de suspension des cotations. L’entreprise qui dégage bon an – mal an 130 millions d’euros de résultat opérationnel valait donc hier en bourse moins de 100 millions d’euros. En l’espace d’un an, le titre accuse donc une baisse de 81 % de sa valeur. Et ce alors que l’entreprise est passée d’un modèle papier à un modèle 100 % digital qui fonctionne. Elle a été totalement restructurée par son directeur général Éric Boustouller, ex-patron de Microsoft France avec le départ de 1 500 personnes. Et en dépit d’un boulet financier que représente une dette de près de 500 millions d’euros payable avec un intérêt de 10 %, elle garde la tête hors de l’eau.

Mais la période post-coronavirus donne des idées à des créanciers et des fonds vautours. Surtout lorsqu’ils trouvent des alliés au sein même de l’entreprise en la personne du Président non exécutif, celui-là même qui doit défendre les actionnaires. Le fonds Golden Tree qui possède une grosse partie des créances obligataires si bien rémunérées avec DNCA a donc proposé un plan que soutient largement le chairman visant à transformer une grosse partie de la dette obligataire en actions sur la base d’une valorisation de 3 centimes. Une augmentation de capital en numéraire aurait tout de même lieu pour apporter moins de 100 millions d’euros de "new money" et permettre à certaines personnes physiques bien au fait de la marche de l’entreprise de souscrire et de rapidement quintupler leur mise.

Que le Ministre de l’économie ait choisi de ne pas bouger le petit doigt, sur ce dossier qui concerne directement la souveraineté économique du Pays, cela n’étonne plus personne, surtout en période de remaniement. Que le Secrétaire d’État au Numérique se fasse silencieux en dit long sur l’importance de sa fonction. Mais que l’Autorité des Marchés Financiers ne dise rien alors qu’elle doit protéger les épargnants et notamment la veuve et l’orphelin contre les vautours américains est plus curieux.

Car les créanciers ne vont pas seulement faire un hold-up sur les anciennes Pages Jaunes devenues un leader français du numérique. Ils vont avoir droit à un festin avec fromage et dessert voire quelques amuse-bouche. On l’a dit, ils vont faire main basse sur cette société sur la base d’une valorisation de 3 centimes par action, alors qu’elle génère chaque année 23 centimes de résultat opérationnel. En abandonnant une partie de leurs créances ils vont recevoir du capital qui va leur donner le contrôle de la société – d’autant plus qu’ils ont décidé, avec la complicité de Pierre Danon, de se séparer d’Éric Boustouller, l’homme qui fait tourner la boutique – et leur permettre de faire une gigantesque plus-value.

Mais il va rester une dette résiduelle obligataire, si le plan est accepté le 24 juillet en assemblée générale (à huis clos évidemment) qui devrait s’établir dans une fourchette comprise entre 168 et 185 millions d’euros. Le taux de cette dette obligataire passera alors à 8 % (ce qui est colossal). En fait cet intérêt versé à ceux qui seront les principaux actionnaires de Solocal ne sera rien d’autre qu’un dividende prioritaire réservé au profit des créanciers. Curieusement Solocal a encore 50 millions de dette bancaire remboursable dans un an. Mais rémunérée à un taux compris entre 4 et 6 %. On se demande bien pourquoi les mandataires sociaux de Solocal acceptent de payer un intérêt de 8 % alors que les banques en touchent un inférieur de moitié…

Il est dommage que sur un dossier de place de cette importance le Gendarme de la Bourse laisse les cow-boys ratiboiser les actionnaires individuels qui ont acheté des titres à France Telecom, donc à l’État. Au risque de transformer cette Place financière en jungle où tout est permis.

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