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John Paulson: la retraite d’une icône des hedge funds
C’est un événement qui peut paraître anodin, mais qui en dit long sur les difficultés actuelles des hedge funds à montrer la pertinence de leur business model, contre les fonds indiciels. John Paulson, le gérant de hedge fund qui a fait fortune lorsqu’il avait massivement misé contre les subprimes en 2008, a décidé de rendre leur argent à ses investisseurs extérieurs, pour ne gérer qu’un family office. La décision n’est qu’une demi-surprise, l’homme avait indiqué début 2019 que son hedge fund, Paulson &Co, gérait à 80 % sa propre fortune et qu’il songeait à arrêter la gestion pour compte de tiers, et avait déjà scindé sa gestion pour compte propre de celle pour ses investisseurs.
John Paulson, qui avait commencé comme investisseur en 1994, s’est illustré lors de la crise Lehman Brothers, lorsqu’il a parié massivement sur l’explosion de la bulle des subprimes, grâce à laquelle il a empoché 20 milliards de dollars pour ses clients en 2007 et 2008, et pas moins de 4 milliards de dollars pour lui-même. Il a ensuite misé avec succès sur l’or, ce qui a renforcé sa notoriété et accéléré les flux entrants: en 2011, son fonds était devenu l’un des plus gros au monde, avec 38 milliards de dollars sous gestion en 2011.
Mais depuis, les performances du financier ont été plus inégales, et les capitaux sous gestion ont décliné, à environ 9 milliards de dollars sous gestion aujourd’hui. Après plusieurs années de reports fiscaux, John Paulson n’a eu d’autre choix que de s’acquitter de la facture fiscale de ce gain boursier historique: un chèque colossal de 1,2 milliard de dollars à l’IRS, le fisc américain. Et après avoir connu une belle année 2019 avec un rendement de 30 %, la crise du coronavirus lui a coûté cher, avec un portefeuille en baisse de 10 % cette année. Il compte néanmoins garder un rôle d’investisseur actif sur les marchés, avec son propre argent.
Le gérant de hedge fund n’est pas le premier à fermer boutique pour se concentrer sur la gestion de sa seule fortune. Le milliardaire George Soros l’avait décidé dès 2011 et d’autres l’ont suivi, comme Leon Cooperman et son fonds Omega Advisors en 2018, qui avait repris à son compte cette expression: “il faut savoir quand les garder, et quand les ranger”. Ou encore Louis Bacon et son fonds Moore Capital Management en fin d’année dernière, qui avait quant à lui admis des pressions sur les fees et un environnement boursier adverse.
La sortie d’une icône comme John Paulson montre en tout cas que le débat sur la proposition de valeur des hedge funds, dans un contexte devenu beaucoup plus volatil et où l’intervention des banques centrales modifie les grands équilibres, existe plus que jamais. Ces dernières années, les hedge funds ont eu plus de mal à surperformer les indices, ce qui les a affaiblis face à ces l’essor des ETF et autres fonds passifs, aux commissions bien plus basses. A fin mai, ils n’affichent qu’un rendement de -2,5 %, à peine mieux que le S&P 500 (-3,8 %) sur l’année. A eux de démontrer que la crise actuelle va aussi faire émerger des opportunités uniques pour des acteurs agiles et contre-intuitifs.
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