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La prime Macron est-elle une supercherie ?
Des milliers de manifestants dans les rues, des revendications et du ras-le-bol général était née, notamment, "la prime Macron". Votée en décembre 2018, il s’agit en fait d’un dispositif de prime exceptionnelle de pouvoir d’achat (Pepa) qui donne la possibilité aux entreprises de verser une prime de 1.000 euros maximum. Conditionnée à un revenu 2018 inférieur à trois fois maximum le SMIC, elle était surtout exonérée d’impôts et de cotisations sociales.
Selon l’Acoss, la prime a été un succès : près de 4,8 millions de salariés l’ont touchée, pour une moyenne de 401 euros par bénéficiaire, et un total de 2,2 milliards d’euros. Du côté des établissements, un cinquième du secteur marchand non agricole en a versé, soit 400.000.
Mais ce versement s’avère dépendre des caractéristiques des établissements. C’est ce qui ressort d’une étude de l’INSEE publiée jeudi. Pour Etienne Frel-Cazenave et Fabien Guggemos, deux économistes de l’INSEE, "en particulier, plus les établissements emploient de salariés, plus ils ont été nombreux à verser la prime". Ainsi, 39% des salariés des établissements de plus de 1.000 salariés ou plus ont touché une prime, contre seulement 15% des établissement de moins de 10 salariés.
Au niveau sectoriel, c’est la finance et l’assurance qui tire son épingle du jeu (35% des établissements du secteur ont versé une prime d’un montant moyen de 692 euros). A contrario, ce sont les services aux ménages et l’industrie agro-alimentaire qui ont le moins versé de prime (10% du secteur). L’hébergement-restauration, dont tout juste 11% des établissements du secteur ont eu recours au dispositif, a versé le montant de prime par bénéficiaire le plus bas, avec une moyenne de 307 euros. Comme le résument les auteurs : "in fine, les secteurs d’activité où les salariés ont le plus bénéficié de la prime sont aussi ceux habituellement les plus rémunérateurs. Les salaires (hors prime exceptionnelle) versés par les établissements ayant eu recours au dispositif de prime Pepa sont d’ailleurs plus élevés, de 25% en moyenne au premier trimestre 2019, que ceux versés par les autres établissements ".
Car si la sociologie des Gilets Jaunes semble déjà remettre en question la pertinence du dispositif – peu de ceux qui ont manifesté étaient des banquiers travaillant dans des établissements de plus de 1.000 salariés – une autre analyse relativise la portée du dispositif. Certes le salaire moyen par tête a grimpé de 2,7% sur un an et les prévisions de l’INSEE permettent de dire que ce chiffre aurait été seulement de 1,8% sans prime Macron. Pourtant, en retranchant les salariés bénéficiaires du dispositif dans le premier cas, on obtient seulement une hausse de 1,3%, ce qui induit une hausse de 1,4% sur les 2,7% expliqués par la prime. "En d’autres termes et sous les hypothèses sous-jacentes à ces modèles, sur 1,4 points de croissance annuelle des salaries au premier trimestre 2019 directement imputable à la prime Pepa, 40% relève d’effets d’aubaine. L’effet "net" de la prime ne serait que de 0,8 point" expliquent les économistes.
Ainsi, la pertinence de la prime Macron est difficile à défendre, du moins au regard de ses objectifs. D’abord, elle est effectivement touchée par d’autres que ceux qui en ont besoin. Ensuite, elle n’a pas eu autant de conséquences sur les salaires qu’espéré, et semble avoir plutôt permis le versement sans cotisations et impôts de sommes qui auraient été versées d’une autre manière. A l’heure de la relance, ce retour sur un dispositif phare devrait interroger l’exécutif sur la pertinence des outils qui seront mis en œuvre.
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