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Surprise lors de l’élection du président de l’eurogroupe
Être officiellement soutenue par l’Allemagne et recevoir le vote de la France ne suffit pas toujours en Europe. C’est ce que Nadia Calvino, ministre espagnole de l’Economie, a appris jeudi soir à ses dépens lors de l’élection à la présidence de l’eurogroupe. Pourtant clairement favorite, la seule femme de l’eurogroupe a souffert de son profil de socialiste originaire d’un pays du Sud qui inquiétait les pays du Nord, notamment les Pays-Bas. Lors du vote, le candidat luxembourgeois Pierre Gramegna s’est retiré à la suite du premier tour, laissant alors un boulevard au candidat au profil plus rassembleur de Pascal Donohoe. Le ministre des Finances, des Dépenses Publiques et de la Réforme irlandais depuis 2017 s’est imposé au second tour.
Pascal Donohoe est un homme politique expérimenté. Il est passé par les deux chambres irlandaises avant d’être nommé Ministre des affaires européennes de juillet 2013 à juillet 2014 et Ministre des transports, du tourisme et du sport jusqu’en mai 2016. Diplômé de l’Université de Dublin en économie et en politique, il avait débuté sa carrière dans la multinationale Procter & Gamble au Royaume-Uni dans laquelle il avait grimpé les échelons pour devenir en six ans directeur des ventes et du marketing pour le Royaume-Uni.
De centre-droit, il avait ramené son pays sur le chemin budgétaire de l’équilibre alors qu’il était en difficulté à la suite de la crise mondiale de 2008. Pour autant, c’est sur son aspect rassembleur qu’il a été élu. Les pays du Nord, les Pays-Bas en tête, mènent une véritable fronde contre "le laxisme budgétaire" des pays du Sud à l’heure de la relance économique européenne et de l’immense dette qu’elle suppose. Il présente un profil plus proche de leur combat que Nadia Calvino. Mais il s’est placé en bâtisseur de ponts entre les différentes sensibilités en appelant à la "solidarité" au sein du groupe, notamment avec les pays du Sud.
Cet aspect est d’ailleurs revenu dans sa première déclaration : "En tant que président, je chercherai à construire des ponts entre tous les membres de la zone euro et à m'engager activement avec tous les États membres, afin de s’assurer que nous adoptions une approche consensuelle pour la reprise de nos économies et de nos sociétés. " Il n’a pas manqué de souligner que sa priorité immédiate serait de "tracer une route commune afin de construire la reprise européenne, de renforcer l’économie de la zone euro et de promouvoir une croissance soutenable et inclusive pour tous les États membres et leurs citoyens ".
Car Pascal Donohoe prendra la présidence de l’eurogroupe le 13 juillet dans une situation difficile. La zone euro devrait connaître une chute de 9% cette année, et même un hypothétique rebond ne fera revenir la zone à une situation similaire à l’avant crise. Mario Centeno a ainsi souligné dans sa dernière conférence de presse à son poste que " sans la réponse politique rapide et motivée mise en place tant au niveau européen que national, la situation serait encore pire ". Comme un conseil à son successeur, il rappelle donc la fine ligne à tenir entre intérêts et sensibilités différentes et nécessaire action commune.
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