Politique monétaire / Banque centrale européenne / Inflation / Zone euro
Politique monétaire
Banque centrale européenne / Inflation / Zone euro
Le grand flou de la BCE : l'inflation
En début d’après-midi le gouverneur de la Banque centrale européenne, Mario Draghi, s’est exprimé sur les perspectives de la politique monétaire, et a confirmé le maintien des taux d’intérêt à 0 %, qui selon lui "demeureront à leurs niveaux actuels au moins jusqu’à la fin du premier semestre 2020". Par ailleurs, il a détaillé comment se dérouleront les opérations ciblées de refinancement de long terme, "le taux de chaque opération TLTRO-III sera supérieur de 10 points de base au taux moyen appliqué aux opérations de refinancement principales".
La surprise de cette conférence de presse est venue du côté de l’inflation. La Banque centrale européenne a modifié ses prévisions et table sur une hausse des prix à la consommation de 1,3 % cette année, contre 1,2 % anticipé en mars. En revanche, elle abaisse à 1,4 % l’inflation pour 2020, contre 1,5 % initialement prévu. L’institution a beau tout faire pour ne rien laisser transparaître, un certain désarroi est perceptible. La raison est simple : elle ne comprend pas, ou plutôt elle ne comprend plus. La Banque centrale européenne, qui croyait dur comme fer en l’existence d’une courbe de Philips en zone euro comme elle l’indique dans son rapport annuel 2017, se retrouve déboussolée face à la non-existence de celle-ci. De fait, malgré une hausse de plus de 2,5 % des salaires nominaux en glissement annuel à la fin 2018, l’inflation stagne.
La grande nouveauté pour les Banques centrales est de constater que les pressions salariales n’impactent plus le niveau des prix fixé par les entreprises. La disparition de la relation de Philips est due à deux causes majeures : la première est la polarisation du marché du travail, car la disparition des emplois intermédiaires empêche les pressions salariales de s’effectuer uniformément. La deuxième concerne les gains de productivité réalisés par les entreprises, cela leur permet d’augmenter les salaires des travailleurs, tout en conservant de fortes marges bénéficiaires, si bien qu'elles n’ont donc aucune raison de mettre en place des hausses de prix.
Le cumul de ces deux facteurs a donc un effet dévastateur sur l’indice des prix à la consommation. La Banque centrale européenne devra redoubler d’imagination concernant ses outils de politiques monétaires si son objectif est de ramener durablement l’inflation à 2 % en zone euro.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

