Politique monétaire / Taux directeurs / Banque centrale européenne / Entreprise / secteur bancaire
Politique monétaire
Taux directeurs / Banque centrale européenne / Entreprise / secteur bancaire
Les taux zéro vont continuer de maintenir les entreprises zombies en vie
Hier, le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, s’est exprimé sur les perspectives de la politique monétaire en zone euro. "Le maintien d'un environnement de taux bas est totalement justifié et nécessaire compte tenu de la situation économique en zone euro" a-t-il déclaré.
C’est une prise de parole qui se veut apaisante, néanmoins le discours du gouverneur de la Banque de France ressemble plutôt à l’arbre qui cache la forêt. Certes, François Villeroy de Galhau rassure en justifiant que les taux zéro de la Banque centrale européenne ne sont pas une entrave en soi au dynamisme économique, malheureusement, il ne s’est pas attardé sur l’ampleur des dégâts que peut causer le maintien des taux bas à long terme. Notamment sur la question des entreprises zombies, celles qui ont des charges d'intérêt supérieures à leur bénéfice avant impôt. Ces entreprises sont des sociétés maintenues artificiellement en vie par les taux bas, et pour qui la moindre remontée des taux d’intérêt causerait immédiatement une faillite, ces dernières entretenant souvent une activité non rentable. Selon les données Worldscope, leur nombre est passé de 1 % en 1985 à 6 % en 2016 dans les pays occidentaux, et l'Europe est particulièrement touchée puisque les six premières économies de la zone euro abritent 10 % des sociétés zombies.
En septembre dernier, la Banque des règlements internationaux envoyait déjà un signal d’alerte, mentionnant que la prolifération des entreprises zombies dans les pays développés était une problématique à considérer très sérieusement. À raison, puisque ces dernières posent trois soucis majeurs. Primo, celui d'un biais à la concurrence. Ces sociétés zombies, vivant exclusivement sous-perfusion d’un crédit à taux zéro, peuvent se permettent de fixer des prix extrêmement bas et empêchent l’arrivée sur le marché d’entreprises rentables dont les tarifs sont plus élevés. Deuzio, celui de la faible valeur ajoutée qu'elles génèrent. Par essence, elles ne sont plus dans une démarche de création de valeur ou d'innovation. Tertio, les entreprises zombies ont un effet pervers sur les banques. Bien que le rôle des établissements bancaires soit de sélectionner les projets les plus rentables et les financer en priorité, les banques se voient contraintes, en cas de rationnement de crédit, de réduire le financement des sociétés les plus rentables au profit des entreprises zombies. Ce mécanisme s’explique par le fait que toute réduction de crédit à l’égard des entreprises zombies impliquerait leur décès immédiat, et les banques devraient bien sûr éponger les pertes qu’engendrerait une cascade de faillites.
La poursuite d’une politique monétaire à taux bas en zone euro ne sera pas sans conséquence pour l’économie et le secteur bancaire. Les banques devraient d'ores et déjà opter pour la raison et mettre en place une épuration progressive et raisonnée des crédits octroyés aux sociétés zombies, sous peine de couvrir plus tard des pertes colossales.
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