Macro-économie / Taux / secteur bancaire / Banque centrale
Macro-économie / Taux
secteur bancaire / Banque centrale
Le secteur financier de la zone euro n'a cessé de progresser
La fin d'année est souvent propice aux bilans sur les marchés financiers, les investisseurs étant friands de chiffres et de records en tous genres. La Banque de France a donc dévoilé aujourd'hui une étude sur l'état du système financier de la zone euro, mais sous un angle historique, afin de prendre un peu de hauteur de vue par rapport aux simples douze mois écoulés. Mois qui rappelons-le, ont été très bons pour les marchés boursiers. L'institution a ainsi choisi d'étudier l'évolution du système depuis la crise de 2007-2008, afin de savoir si ce choc économique et financier sans précédent avait finalement affecté le secteur dans son ensemble.
Plusieurs conclusions ressortent de ce document d'une trentaine de pages. Tout d'abord, le secteur financier a bien continué à se développer depuis 2008, et même à un rythme soutenu : les avoirs ont ainsi progressé de 4% par an entre 2009 et 2018, certes en décélération par rapport aux 8% de hausse annuelle constatés entre 1999 et 2008. Ainsi, à la fin de l'année 2018, les avoirs détenus par le secteur atteignaient 78.656 milliards d'euros, soit l'équivalent de 680% du PIB de la zone euro, contre 556% en 2008. Rappelons que ce ratio était de 406% en 1999. Un développement du système financier qui n'est pas propre à la zone euro, puisque celui du Japon est passé de 552% du PIB à 735% du PIB du pays entre 2007 et fin 2017 et celui des États-Unis de 408% du PIB américain à 509% sur la même période.
Deuxième enseignement intéressant, la part relative du secteur bancaire a nettement diminué depuis la crise : en 2012, les transactions financières annuelles du secteur bancaire ont été inférieures à 5% du PIB, alors qu'elles représentaient près de 40% du PIB avant la crise, en 2007. Une diminution qui, selon la BdF, s'explique notamment par "la baisse d'activité sur le marché interbancaire avec des contreparties non-résidentes, et des réglementations post-crise ayant conduit les banques à cantonner et restreindre les opérations sur titres pour compte propre". Par ailleurs, la politique très accommodante mise en place par la BCE à partir de 2012 n'a pas été non plus la principale responsable de la hausse des encours du système financier européen : en 2018, le bilan de la BCE ne représentait que 10% des encours de la zone.
En définitive, c'est le secteur financier non bancaire, devenu majoritaire en encours, qui a été le principal moteur de la croissance des actifs depuis douze ans. Que classe-t-on dans ce secteur financier non bancaire ? Les OPC non monétaires, les autres intermédiaires financiers, les institutions captives et prêteurs institutionnels, les auxiliaires financiers, les sociétés d'assurance et enfin les fonds de pension. La part relative des autres intermédiaires financiers, des institutions captives et prêteurs institutionnels et auxiliaires financiers (prénommés "autres acteurs non bancaires" ANB) représente 50% des avoirs des acteurs non bancaires, devant les OPC (24%), les sociétés d'assurance (18%) et des fonds de pension (5%). La part de sociétés d'assurance dans le système financier de la zone euro a nettement diminué (31% à 18%), sauf en France, compte tenu de la croissance de l'assurance-vie.
Les avoirs du secteur des ANB ont augmenté en moyenne de 7% par an au cours de la période 2009-2018 pour atteindre 21.034 milliards d'euros, soit 182% du PIB. D'un point de vue géographique, ce sont les actifs du secteur des ANB du Luxembourg, des Pays-Bas et de l'Irlande qui représentent la plus grande proportion de ce secteur de la zone euro (76%).
Comment expliquer le développement rapide et important du secteur financier non bancaire dans le système financier de la zone euro ? Notamment le développement de stratégies d'optimisation de la part d'entreprises non financières, qui pour des raisons économiques, juridiques ou fiscales auraient décidé de créer une ou plusieurs sociétés captives au Luxembourg, aux Pays-Bas ou en Irlande. Même si ces sociétés appartiennent à des entreprises non financières, elles sont considérées en comptabilité nationale comme des institutions captives et faisant partie du secteur financier. Or, comme les transactions entre les filiales d'un même groupe ont augmenté, cela a fait progresser les actifs des sociétés non financières depuis 2008. "La composition des avoirs financiers de la zone euro et son évolution sont cohérentes avec l'hypothèse d'un essor de flux intragroupe/transfrontalières des SNF de la zone euro", expliquent ainsi les auteurs de l'étude.
Cette hausse des transactions et flux financiers intragroupes transfrontaliers comporte trois risques selon la BdF : un risque opérationnel, en cas de pilotage non rigoureux des structures dédiées à la gestion de ces financements. Un risque d'asymétrie d'information entre prêteurs et emprunteurs. Car l'identification du risque crédit est plus compliquée en cas d'organisation transfrontalière complexe. Enfin, un risque de crédit lié à l'allongement de la chaîne de valeur de la fonction financière du secteur non financier.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

