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Jerome Powell / Banque centrale / Fed / coronavirus
Pourquoi les banques centrales doivent monter au créneau
C’était attendu… mais seulement dans 16 jours ! La Réserve fédérale américaine (Fed) a surpris son monde hier après-midi en procédant à une baisse de taux de 50 points de base avant la réunion de son Comité de politique monétaire (FOMC) des 17 et 18 mars prochains. Et le débat de surgir dans la sphère économique quant au bien-fondé de sa manœuvre et de celles à venir de la part des autres banques centrales.
Si depuis son apparition, les banques centrales se sont contentées d’être dans l’expectative face à l’épidémie de pneumonie virale, c’est possiblement parce qu’elles supposent qu’il s’agit essentiellement d’un choc d’offre. Or, les banques centrales ressemblent à la poule face au couteau quand il s’agit d’affronter un choc d’offre.
En effet, ces dernières sont particulièrement difficiles à appréhender pour les grands argentiers en ce sens qu’elles pèsent - en théorie - à la baisse sur la croissance économique et influent à la hausse sur l’inflation. Dès lors, que faire quand l’inflation est à sa cible et qu’une baisse des taux d’intérêt peut, bien qu’elle soutienne la croissance, amplifier l’accélération de l’inflation ? Inversement, faut-il augmenter les taux d’intérêt pour freiner l’inflation au risque de provoquer une chute de la croissance économique ?
Mais si le coronavirus était également un important choc de demande ? Tant ils sont enchevêtrés, distinguer les deux types de chocs est l’une des tâches les moins aisées et les plus cruciales à laquelle sont confrontés les économistes. Fréquemment, le coronavirus fut donc associé à un choc d’offre. Au travers des mesures de confinement des travailleurs, les entreprises sont amenées à tourner au ralenti et en dernière instance à provoquer une rupture dans les chaînes d’approvisionnement. Reste que, la composante demande n’a peut-être pas suffisamment été prise en compte. Car le confinement contrarie également la consommation des ménages, il n’y a qu’à regarder les données chinoises qui ont été publiées ces derniers jours pour s’en convaincre.
Aussi, pour répondre à un choc de demande négatif – qui pèse à la baisse sur la croissance économique et sur l’inflation -, la Fed et les banques centrales en général n’ont pas d’autre choix que de baisser leur taux d’intérêt directeur en vue d’assouplir les conditions financières – qui se durcissent mondialement comme l’expliquait WanSquare hier. Une baisse plus difficile à opérer du côté de la Banque centrale européenne puisque son taux de refinancement est déjà nul et que baisser le taux de dépôt – en territoire négatif à - 0,5% - serait peut-être malvenu pour les banques. Elle pourrait néanmoins rendre plus accommodant son dispositif de tiering (en augmentant le multiplicateur des réserves obligatoires ?) si elle souhaitait baisser son taux de 10 points de base. Certains évoquent un renforcement de son programme CSPP - Corporate Sector Purchase Programme -, soit la partie du Quantitative easing consacrée aux rachats d’obligations d’entreprises.
Oui, toutes ces mesures seraient loin d’être la panacée, néanmoins, cela ne peut qu’atténuer les effets du choc sur les entreprises en difficulté, la confiance des ménages et in fine sur leur consommation. Ne jamais oublier qu’aux États-Unis, cette dernière pèse 70% du PIB. Que se passerait-il si elle ralentissait voire décroissait ? L’Oncle Sam ne serait alors plus très loin d’une récession. La Fed se doit de l’éviter puisqu’il est dans son rôle de faire tout ce qui est en son pouvoir pour s’assurer du plein-emploi et d’une inflation stable.
Bien évidemment, et ce, sans surprise, les baisses de taux d’intérêt qui surviennent, et continueront à se produire lors des temps à venir, ne manqueront pas de nourrir les critiques à propos des banquiers centraux et leur prétendue propension à générer des bulles financières et gonfler les inégalités. Particulièrement rompu aux reproches concernant ce dernier point, Ben Bernanke, ancien président de la Fed et l’un des plus importants contributeurs académiques à la macroéconomie monétaire contemporaine, répondait simplement ceci en 2015 (Janet Yellen était alors à la tête de la Fed) :"Offrez le choix au travailleur moyen entre la situation actuelle (politique monétaire accommodante, plein-emploi et marchés actions se portant bien, N.D.L.R) et celle où la politique monétaire serait plus restrictive entraînant donc une hausse du taux de chômage et un effondrement des marchés actions. Quel choix ferait-il ? " Jerome Powell et ses collègues du FOMC ont fait le leur, à l’unanimité.
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