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Anne-Laure de Chammard portrait

Feuilleton de l'été / Anne-Laure de Chammard / Portrait / monde d'après

Feuilleton de l'été
Anne-Laure de Chammard / Portrait / monde d'après

exclusif Série d'été – Ils et elles vont construire le monde d'après – Anne-Laure de Chammard

EXCLUSIF. Directrice de la stratégie d'Engie, cette X-Ponts âgée de 38 ans, passée par Harvard et passionnée de chant lyrique, est en première ligne face aux défis de la transition énergétique.
Anne-Laure de Chammard - DR
Anne-Laure de Chammard - DR

Il est des entrées dans l’adolescence moins pittoresques. À tout juste douze ans, Anne-Laure de Chammard et sa sœur jumelle, Gersende, se produisent, dans le cadre d’une représentation lyrique, devant le Président de la République d’alors, un certain François Mitterrand. Très tôt éprise de musique, la jeune Piganeau - son nom de jeune fille - trouve dans le chant lyrique, une "vraie source de respiration et de ressourcement", explique Anne-Laure de Chammard. Cet art qui requiert rigueur, justesse mais aussi "de l’intuition, de la technique et du ressenti ", a-t-il pour autant joué un rôle déterminant dans sa volonté de devenir ingénieure ?

Rien n’est moins sûr car, à l’âge de 18 ans, elle ignore encore ce qu’elle souhaite faire. Si bien qu’elle fait feu de tout bois et postule en hypokhâgne, en prépa HEC mais aussi en classes préparatoires scientifiques. Ce sont ces dernières qui, finalement, remportent son suffrage et c’est le Lycée Sainte-Geneviève qui l’accueillera. Au regard du système éducatif français, ce choix lui permet de reculer pour mieux sauter et l’inscrit en rupture avec un semblant de tradition familiale où les femmes s’orientaient vers les lettres tandis que les sciences avaient la faveur des hommes. Par ailleurs, en intégrant Sainte-Geneviève, elle signe son retour en France. En effet, à peine vit-elle le jour à Palaiseau - en raison de la scolarité de son père à l’X - qu’elle ne fit guère de vieux os dans l’Hexagone et partit vivre avec sa famille en Asie du Sud-Est et aussi en Europe centrale. Anne-Laure de Chammard aura été une expatriée durant les dix-huit premières années de son existence.

À vingt ans, au sortir de ses deux années de classes préparatoires, elle réussit à entrer à Polytechnique. À l’occasion de son service militaire, elle fait une rencontre qui bouleverse sa vie : son mari. Une rencontre qui doit, comme beaucoup d’autres, tout au hasard. Les chasseurs alpins étant organisés en sections selon une logique d’ordre alphabétique, Grégoire Parrical de Chammard et Anne-Laure Piganeau se lient durant randonnées et séances de tirs avant de devenir, plus tard, les parents de trois enfants. L’X sera évidemment un lieu d’épanouissement intellectuel pour la jeune femme. Au sein de la plus prestigieuse des écoles d’ingénieurs, elle goûte les humanités ainsi que les sciences sociales, en particulier l’économie, domaine dans lequel elle fait un stage à l’université Harvard auprès d’un chercheur français que d’aucuns jugent nobélisable, Philippe Aghion.

Après trois années passées à l’X, elle sait qu’elle veut servir le bien commun et décide donc d’intégrer un Corps. Pas n’importe lequel, celui des Ponts et Chaussées, car les sujets liés à l’environnement et à l’énergie lui tiennent à cœur, ils sont "des défis majeurs et structurants pour la société". Au cours de sa deuxième année au sein du Corps, elle réalise un stage chez Lazard dans le département du conseil aux gouvernements, dirigé par la grande prêtresse de la profession, Michèle Lamarche. C’est sous ses ordres qu’Anne-Laure de Chammard travaille sur la restructuration de la dette souveraine ivoirienne. Puis, vient la troisième année au Corps des Ponts et Chaussées, pendant laquelle, au lieu de passer un Master en Affaires Publiques, elle préfère retourner aux Etats-Unis, encore à Harvard, pour obtenir un Master en Administration Publique. Alors âgée de 24 ans, elle y retrouve Philippe Aghion avec qui elle rédige, entre autres, un cahier à destination des Français dans le cadre des élections présidentielles de 2007. Des écrits faisant l’éloge, dans la lignée des travaux de Philippe Aghion, du modèle nordique.

Ses études à Harvard terminées, elle ne quitte pas Boston pour autant et entre au BCG. "Cela m’a passionnée et aidée à rembourser mes études à Harvard", fait-elle valoir. Elle y réalise des missions très variées, "j’ai été impliquée sur des missions de M&A pour des banques ou encore de transformation dans le secteur pharmaceutique". Elle restera particulièrement marquée par sa collaboration avec la Fondation Bill Gates aux côtés de laquelle elle a mené une réflexion sur l’éradication de la malaria dans le monde.

Par la suite, elle revient en France et rejoint le Ministère de l’Ecologie, où partenariats public-privé et projets de plusieurs centaines de millions d’euros - parfois quelques milliards - rythment son quotidien durant quatre ans. Sans surprise, un tel profil ne laisse pas indifférents les chasseurs de tête. De grandes entreprises françaises comme Vinci ou Casino cherchent à l’attirer dans leurs filets. Cependant, c'est la proposition de Bureau Veritas, plus en rapport avec son désir d'opérationnel, qui la séduit. Elle y gravit les échelons jusqu’à devenir, à 34 ans, PDG de Bureau Veritas Construction.

En 2018, l’Oncle Sam se rappelle à son bon souvenir puisqu’elle est choisie pour faire partie du programme Young Leaders où elle fait la connaissance d'Amélie de Montchalin, l’actuelle ministre de la Transformation et de la Fonction publique : "j’y ai rencontré des personnes passionnées par leur domaine, qui m’ont fait découvrir des sujets que je connaissais peu". À la suite de cette expérience, Anne-Laure de Chammard quitte Bureau Veritas Construction, "une entreprise formidable et une success story impressionnante ", pour devenir directrice de la stratégie d’Engie en septembre 2019, car "sa raison d’être est une vraie source de sens". 

Alors que le changement climatique est l’un des plus grands défis de notre génération, ce rôle de stratège chez Engie lui impose de répondre à nombre de questions, telles que "comment poursuivre notre transformation pour devenir un leader de la transition énergétique et climatique ? ", ou encore "quels sont les grands choix d’investissement que doit réaliser le groupe pour mener cette transformation ? ". Administratrice de GRDF et membre du Conseil de surveillance de l’Aéroport Marseille-Provence, celle qui se dit influencée par ses deux grands-mères, toutes deux agrégées de lettres, n’exclut pas, après la stratégie, de retourner vers un rôle plus opérationnel. Toujours est-il qu’elle veut continuer d’apporter sa contribution à "des enjeux qui nous dépassent, qui font sens au service du bien commun".

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