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LVMH compte-t-il trop sur la Chine ?
Groupe diversifié (mode, maroquinerie, parfums, cosmétiques, champagnes et spiritueux), le numéro un mondial du luxe LVMH parvient souvent mieux que ses concurrents à amortir les chocs – son action n’a d’ailleurs perdu que 9% par rapport à son niveau antérieur à la crise sanitaire, tandis que l’action Prada se négocie 13% plus bas, Kering (qui détient notamment Gucci) 18% et Burberry 40%. Le chiffre d’affaires du premier trimestre, publié le 17 mars, a d’ailleurs semblé le confirmer.
Mais contrairement à certains rivaux, LVMH est bien davantage exposé aux Etats-Unis (qui représentaient 33% du chiffre d’affaires en 2019) qu’à la Chine (l’Asie hors Japon représentait 24% du revenu l’année dernière). Or, si l’Empire du Milieu donnait déjà des signes de rebond fin mars, début avril, le pays de l’Oncle Sam s’est enfoncé dans la pandémie en raison d’une gestion sanitaire calamiteuse, tandis que l’Europe a ressenti l’essentiel des effets du confinement au deuxième trimestre.
Il en ressort un chiffre d’affaires fortement dégradé sur l’ensemble du premier semestre : il a chuté de 27% (dont -38% pour le seul deuxième trimestre), pour tomber à 18,4 milliards d’euros. Le bénéfice net s’effondrait lui de 84%, à 522 millions d’euros, immanquablement affecté par la dépréciation des invendus et la sous-absorption des coûts fixes dans les activités manufacturières. Ce malgré un effort sur les charges d’exploitation particulièrement sensible au deuxième trimestre (-29%, contre -2% au premier). "Nous avons subi les conséquences du Covid-19 dans l’ensemble de nos implantations géographiques et de nos activités, en raison de la fermeture de presque l’ensemble des lieux de vente, l’absence de déstockage de nos clients grossistes, ainsi que l’arrêt du trafic aérien et du commerce dans les aéroports et les gares", a constaté Jean-Jacques Guiony, directeur financier de LVMH, lors d’une conférence organisée hier soir.
Etant donné l’évolution de la pandémie, le recul du chiffre d’affaires au deuxième trimestre s’est logiquement fait particulièrement sentir aux Etats-Unis (-39%, après -8% au premier trimestre) et en Europe (-54%, après -10% au T1). En conséquence, la part de ces deux régions a fondu au premier semestre : elles ne représentent plus que 24% l’une et l’autre. L’Asie hors Japon – Chine en tête – s’est redressé : après un plongeon de 32% au premier trimestre, les revenus du groupe n’y baissent plus "que" de 13% au trimestre suivant. La région pèse donc désormais 34% du chiffre d’affaires.
Dans ce contexte, le salut de LVMH passe en particulier par la Chine. Le "fort rebond" observé sur ce marché peut être vu comme un signe encourageant. Le groupe ajoute que l’Asie "connaît une amélioration notoire des tendances". Mais cela peut également être une faiblesse relative, dans la mesure où l’acquisition de Tiffany (toujours en cours) va encore accentuer son prisme américain.
Dans sa division phare Mode et Maroquinerie (dont les ventes se sont repliées de 24% au premier semestre et qui est l’une des deux seules, avec Vins & Spiritueux, à afficher un bénéfice opérationnel), LVMH évoque une reprise de l'activité en Chine et une "amélioration progressive" depuis mai "en Europe et aux Etats-Unis". Mais pas au point de lui permettre de fournir une prévision de résultats pour l’année à l’échelle du groupe.
Les investisseurs attendaient avec une impatience mêlée d’appréhension les résultats semestriels de LVMH, premier grand acteur du luxe à publier ses comptes. Il n’est pas certain qu’ils soient totalement rassurés. L'action a perdu d'ailleurs jusqu'à 6% ce matin.
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