Professions financières / BNP Paribas / Banque / banque d'investissement / BFI
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BNP Paribas / Banque / banque d'investissement / BFI
BNP Paribas ne déroge pas à la règle
BNP Paribas, première banque française à publier ses résultats semestriels, imite ses concurrentes américaines. A l’image des Morgan Stanley, Goldman Sachs et JPMorgan, l’établissement dirigé par Jean-Laurent Bonnafé a dépassé les attentes, en profitant du regain de volatilité sur les marchés provoqué par la crise sanitaire et des activités de financement des entreprises.
Son bénéfice net a reculé de 6,8% au deuxième trimestre à 2,3 milliards d’euros, alors que le consensus d’analystes recueilli par FactSet ressortait à seulement 1,5 milliard. Le Produit net bancaire (PNB) progresse de 4% à 11,68 milliards d’euros, alors que le consensus s’attendait à un recul (à 10,9 milliards). Le résultat brut d’exploitation progresse encore plus vigoureusement (+15%) et atteint 4,34 milliards.
Ce surcroît d’activité provient de certaines activités de banque de financement et d’investissement (BFI). La crise a provoqué de très nombreux mouvements sur les marchés de taux et de change, ainsi que des décisions des investisseurs et des émetteurs, en particulier au deuxième trimestre.
Son activité de négoce sur les marchés de taux, change et matières premières (FICC) a ainsi enregistré un bond de ses revenus de… 154%, à 2,01 milliards d’euros. "Le métier a enregistré un niveau exceptionnel d’activité sur les marchés d’obligations en lien notamment avec les besoins spécifiques liés à la crise sanitaire : plus de 40 opérations pour des émetteurs souverains et assimilés [États et organismes publics] dans le monde, soit un triplement du volume trimestriel moyen par rapport à 2019, ou encore […] plus de 400 émissions d’entreprises dirigées dans le monde […] et distribuées aux investisseurs", soit deux fois plus qu’un an plus tôt, détaille BNP Paribas.
Une telle performance a donc largement compensé la chute de revenus dans le trading actions et dérivés (-53% à 290 millions d’euros), qui elle s’explique par les annulations ou les réductions de dividendes décidées par nombre d’entreprises en raison de l’effondrement des Bourses au cours du mois qui a suivi les mesures de confinement. Au total, les revenus du pôle Global markets ont progressé de 63% (à 2,3 milliards d’euros).
Face à la crise, les très nombreuses sollicitations des entreprises pour des financements ont également profité à la BFI de BNP Paribas. Les revenus du pôle Corporate Banking ont ainsi progressé de 15% par rapport au deuxième trimestre 2019 (à 1,26 milliard d’euros), dont une hausse de 35% des commissions. Le pôle revendique avoir dirigé plus de 83 milliards d’euros de lignes de liquidité pour les clients dans la zone Europe/Moyen-Orient/Afrique et distribué 118 émissions obligataires dans le marché, soit deux fois plus qu’il y a un an.
En définitive, la BFI du groupe a vu ses revenus progresser de 33%, à 4,1 milliards d’euros. Elle aura au total levé plus de 160 milliards d’euros pour le compte de ses clients, un montant en hausse de 91%.
Si ses activités d’intermédiation ont donc en moyenne largement bénéficié de la crise, BNP Paribas n’a pas été immunisé aux difficultés financières de ses clients, qu’ils soient entreprises, professionnels ou particuliers. Elle n’a pas pu éviter la montée en flèche des créances douteuses et litigieuses (CDL). Le coût du risque, qui mesure les provisions pour CDL, a ainsi plus que doublé au deuxième trimestre sur un an, passant à 1,45 milliard d’euros au 30 juin, soit 65 points de base (pb) de ses encours de crédit, contre 30 pb un an plus tôt.
Mais cet événement est pour l’instant loin de fragiliser la banque. BNP Paribas affiche une solvabilité solide, avec un ratio réglementaire de fonds propres "durs" (CET1) au 30 juin en hausse de 40 pb par rapport au 31 mars, à 12,4% (la Banque centrale européenne exige un CET1 plancher de 9,22%). On mesure le chemin parcouru depuis la crise financière de 2008, où le secteur avait affronté une forte dégradation de la solvabilité de ses clients avec des bilans beaucoup moins solides. Pour l’ensemble de l’exercice 2020, BNP Paribas a confirmé ses anticipations (un résultat net en baisse de 15 à 20% en 2020 et un niveau de Produit intérieur brut comparable à 2019 dans 24 mois environ).
Cette robustesse à (presque) toute épreuve soulève tout de même une interrogation : dans quelle mesure est-elle représentative du rôle que devrait avoir une banque dans le financement de l’économie ? Si BNP Paribas revendique avoir accordé plus de 90 000 prêts garantis par les États à la fin du mois de juin (dont 57 000 PGE en France pour près de 15 milliards d’euros) dans les pays où sa banque de détail est présente (France, Italie, Belgique), c’est parce que les autorités ont, via leurs dispositifs de garanties, nationalisé le crédit, réduisant ainsi considérablement la prise de risque. Certes, ces dispositifs se sont révélés indispensables pour parer à l’urgence, mais ils relativisent les discours tenus par les institutions bancaires.
Les investisseurs ont d’abord salué la teneur des comptes (l’action progressant de 6% peu après l’ouverture, à 36,5 euros), avant de revenir à un sentiment plus placide : l’action s’adjugeait 0,5% vers 16h30.
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