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Goldman Sachs / Banque d'affaires / banque d'investissement / Rémunérations
Goldman Sachs paye la guerre des talents
Les investisseurs boursiers font la fine bouche vis-à-vis des banques américaines, qui leur ont servi des grives à tous les repas pendant la crise sanitaire. Il a suffi qu'elles publient des résultats légèrement inférieurs à leurs attentes au quatrième trimestre pour qu'ils les boudent alors qu'elles affichent pourtant des résultats annuels historiquement élevés. JPMorgan et Citigroup, qui ont publié leurs comptes vendredi, ont ainsi été lourdement sanctionnées mardi (lundi étant férié aux Etats-Unis sur les marchés) alors que la première a affiché un bénéfice net record et que la seconde a doublé le sien. Même punition pour Goldman Sachs, qui a publié ses comptes hier mardi.
La banque d'affaires emblématique a elle aussi dégagé un bénéfice net ainsi qu'un chiffre d'affaires record en 2021 : le premier a bondi de 137% pour atteindre 21,15 milliards de dollars, tandis que le second a progressé de 33%, à 59,34 milliards.
L'activité exceptionnelle qui a eu lieu l'année dernière dans les fusions-acquisitions et sur le marché primaire actions a porté les activités de conseil des banques d'investissement - Goldman Sachs ayant peu d'activités de détail qui auraient moyenné ses résultats à la baisse, elle a profité à plein de l'abondance de transactions : les revenus tirés des commissions de conseil ont grimpé de 58% en 2021, tandis que ceux issus du trading (l'activité secondaire sur les marchés) ont progressé de 4% après une année 2020 déjà extrêmement dynamique en raison de la volatilité apportée par la crise sanitaire. La poursuite de l'envolée des Bourses en 2021 a également provoqué un afflux de capitaux de la part des investisseurs institutionnels et particuliers et des grandes fortunes : les revenus tirés de la gestion d'actifs et de la banque privée de Goldman Sachs ont respectivement progressé de 87% et 25%.
Mais le quatrième trimestre a marqué une inflexion et les investisseurs s'en sont inquiétés. Le chiffre d'affaires de l'établissement a progressé de 8% à 12,64 milliards de dollars et son bénéfice net a reculé de 13%, à 3,8 milliards. La toujours forte progression des revenus de commissions (+45% à 3,8 milliards) a été rognée par une baisse de ceux du trading de 7% (à 3,99 milliards) et de la gestion d'actifs de 10% (à 2,89 milliards). Le maintien d'une forte inflation, la perspective de voir les principales Banques centrales augmenter leurs taux de référence en 2022 et la hausse précoce passée par Banque d'Angleterre en décembre dernier ont perturbé les marchés actions - les investisseurs prenant soudainement, mais bien tardivement, conscience que la persistance de taux de référence à des niveaux très faibles depuis 12 ans était irréaliste dans le contexte actuel.
La faible hausse des revenus au dernier trimestre s'est conjuguée à plusieurs éléments qui ont eu un effet ciseaux négatif sur les bénéfices (comme ça a été le cas, en moins conséquent, pour JPMorgan et Citigroup).
Revers de la médaille, Goldman Sachs a dû sortir le carnet de chèque pour retenir ses banquiers d'affaires et ses traders et les rémunérer à hauteur de leur contribution à son activité. En outre, la banque a subi un effet de rattrapage sur les salaires, ayant été sujette l'année dernière à un grand mouvement de protestation de jeunes employés concernant le rythme de travail provoqué par le surcroît d'activité et le télétravail, avec des semaines de plus de 100 heures. Les dépenses pour salaires et avantages ont inflaté de 33% (soit 4,4 milliards de dollars) en 2021, une hausse essentiellement reportée sur le quatrième trimestre. La hausse des salaires a alimenté la hausse de 10% de l'ensemble des charges d'exploitation en 2021, dont 23% au dernier trimestre (à 7,27 milliards de dollars). Les rémunérations ont progressé en 2021 de 3,6 milliards chez JPMorgan et de 2,9 milliards chez Citigroup.
La légère détérioration du climat en fin d'année a également poussé Goldman Sachs à accroître ses provisions pour créances douteuses, reflet de l'augmentation des prêts à la consommation (sur cartes de crédit). Elles ont augmenté de 17%, passant de 293 millions d'euros au quatrième trimestre 2020 à 344 millions un an plus tard. Par ailleurs, les provisions nettes pour litiges et procédures réglementaires sont passées de 24 millions au quatrième trimestre 2020 à 182 millions un an plus tard.
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