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Macro-économie / Taux / Emploi / Plan de relance / Jean Castex

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Emploi / Plan de relance / Jean Castex

Un plan de relance qui manque d'ambition à court terme ?

Le Premier ministre présentait hier le tant attendu plan de 100 milliards d’euros. Retour sur une relance d'ampleur inédite et des objectifs (pas assez ?) audacieux sur le front de l'emploi.
Jean Castex
Jean Castex

Ce plan est inédit par son ampleur. Le gouvernement a présenté hier son plan de relance visant à permettre un rebond vigoureux de l’économie hexagonale. Pesant 100 milliards d’euros, il représente l’équivalent de 4,1 points de Produit intérieur brut (PIB) de la France, soit près de quatre fois plus que ce qui fut mis sur la table pour répondre à la crise de 2008. Parfois qualifié de fourre-tout en raison de la présence de mesures dont l’horizon est plutôt celui du court terme quand d’autres visent à "préparer la France de 2030", que contient-il donc ?

Les fonds de ce plan, financé pour près de la moitié par l’Europe, se divisent en trois tiers bien distincts. Trente milliards d’euros vont à la transition écologique. Dans les grandes lignes, près d’un tiers de ce montant (11 milliards d’euros) est consacré aux transports, dont 4,7 milliards d'euros affectés à la SNCF en vue de faire croître le fret ferroviaire. Sept milliards d'euros sont destinés à la rénovation énergétique des bâtiments, dont 4 milliards pour les bâtiments publics et 2 milliards pour les ménages. Puis, 9 milliards sont affectés à l'accompagnement des entreprises dans leur transition énergétique, notamment via la recherche et l'innovation, dont 2 milliards pour développer l'hydrogène vert.

Ensuite, le gouvernement a décidé de dépenser 35 milliards d’euros pour la cohésion sociale et territoriale, dont 14,1 milliards d’euros pour l’emploi ; six milliards et demi d’euros seront destinés à l’emploi des jeunes (notamment à travers les 4 000 euros pour toute embauche d'un jeune de moins de 26 ans pour un contrat de trois mois minimum) et 7,6 milliards d’euros pour la mise en place d’un "bouclier anti-chômage", via la continuité du dispositif de chômage partiel (6,6 milliards d’euros) et un renforcement d’un dispositif de FNE-Formation (1 milliard d’euros) qui vient en aide aux salariés victimes des mutations économiques. Par ailleurs, 5,2 milliards d'euros iront soutenir l'investissement des collectivités et 6 milliards d'euros doivent aller au soutien à l'investissement des hôpitaux. D’autre part, l’augmentation de 100 euros de l’allocation de rentrée scolaire coûtera, elle, 500 millions d’euros et le plan pauvreté et anti-exclusion sera doté de 200 millions d'euros supplémentaires. A noter que 350 millions iront également financer la rénovation de ponts en danger sur les territoires.

Enfin, et c’est sûrement la partie du plan la plus discutée, trente-cinq milliards d’euros sont dédiés à la compétitivité et l’innovation. Comme annoncé depuis quelque temps, il y aura une baisse de 10 milliards d'euros des impôts de production - 20 milliards sur les deux ans du plan de relance -, à travers notamment une réduction de moitié de la contribution sur la valeur ajoutée des entreprises (7 milliards) et la baisse de moitié des impôts fonciers touchant les sites industriels. Dans le détail, le gouvernement a expliqué que la baisse des impôts de production profitera à 42 % aux ETI, à 32 % aux PME et à 26 % aux grandes entreprises. En outre, onze milliards d'euros proviendront du prochain Programme d'investissements d'avenir (PIA) et seront en partie alloués aux aides à l'innovation de Bpifrance. Le reste concerne, entre autres, le soutien aux fonds propres des entreprises, au travers d’une garantie publique associée aux prêts participatifs accordés par les banques qui seraient labellisés par l'État – 3 milliards d’euros.

Au-delà de cette litanie de chiffres, le Premier ministre Jean Castex a donné plusieurs objectifs à court terme pour ce plan. L’un d’entre eux est de retrouver, en 2022, le niveau de richesse nationale qui était celui de la France en 2019 - soit un PIB en volume de 2 323,8 milliards d’euros. Au regard des dernières prévisions de la Banque de France datant du mois de juin, cela ne semble pas particulièrement ambitieux et est plutôt en ligne avec ce que la Banque centrale anticipait : elle voit un retour au niveau d’avant-crise à la mi-2022 dans son scénario central. Scénario qui n'intégrait pas le plan de relance de 100 milliards d'euros...

Le Premier ministre a évoqué un autre objectif : la création de 160 000 emplois en 2021, soit un coût de 625 000 euros par emploi créé. Rappelons que selon l’Unedic et la Banque de France, entre 900 000 et 1 000 000 d’emplois devraient disparaître cette année du fait de la crise économique. Dans le meilleur des cas, le seul plan de relance permettrait, l'année prochaine, de recouvrer moins d'un emploi perdu sur cinq. Loin d’être la panacée, est-ce pour autant un objectif atteignable ? "C’est plutôt réaliste", selon Xavier Timbeau, directeur de l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE).

"Concrètement, c'est cohérent avec un multiplicateur budgétaire inférieur à 1, soit une hypothèse assez prudente", poursuit-il. En d’autres termes, pour atteindre ce chiffre de 160 000 emplois, le gouvernement fait implicitement l’hypothèse pour chaque euro dépensé de ce plan moins d’un euro de richesse sera généré en regard. Pour Xavier Timbeau, il faut garder à l'esprit que le multiplicateur budgétaire sera d’autant plus élevé que le plan de relance sera perçu comme pertinent par les ménages pour lutter contre le chômage. En effet, n'oublions pas que l’épargne forcée de ces derniers devrait avoir atteint 100 milliards d’euros en 2020. "Si les ménages anticipent que ce plan est à même de résorber le chômage, ils pourraient consommer une part significative de leur épargne, dopant ainsi la croissance et donc le nombre des créations d’emplois", explique l’économiste.

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