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Air France-KLM / Ministère de l'Economie et des Finances / transport aérien
Les Pays-Bas soutiennent Air France-KLM... jusqu'à un certain point
Il y a souvent eu de la friture sur la ligne entre Néerlandais et Français quant à la manière de diriger Air France-KLM et de répartir les efforts de chacun. La situation extrêmement difficile que traverse actuellement le transporteur aérien (sous perfusion depuis que Paris et La Haye lui ont injecté 10,4 milliards d’euros de liquidités) est encore l’occasion d’une passe d’arme qui en dit long sur les différences de cultures politique et financière entre les deux pays. En témoigne la guerre de déclarations qui s’est déroulée durant le week-end entre des responsables des deux Etats, qui détiennent chacun 14% du capital du groupe.
Dans un entretien à la chaîne NPO, le ministre néerlandais des Finances Wopke Hoekstra a indiqué dimanche que la survie d’Air France-KLM n’était "pas acquise". "Ils devront s’attaquer à leur base de coûts, même si les choses restent en l’état. Mais si la situation se prolonge jusqu’à la fin de l’année prochaine, alors ils devront [la] réduire de manière encore plus draconienne", a-t-il ajouté. Air France (avec ses différentes marques) prévoit de supprimer 7 580 postes (6 560 chez Air France même, soit 16% de ses effectifs, et 1 020 chez HOP!) d’ici à 2022, tandis que KLM s’est engagé à supprimer jusqu’à 5 000 postes, dont 1 500 licenciements secs (soit 20% de ses effectifs), et à geler les augmentations de salaires prévues cette année.
Au premier semestre, le groupe a accusé une perte nette de 4,4 milliards d’euros et a vu sa dette nette flamber pour atteindre près de 8 milliards ; la compagnie Air France affiche de son côté une perte de 1,6 milliard d’euros et KLM de 768 millions. Et les perspectives concernant le transport aérien pour les années à venir sont mauvaises : le directeur financier du groupe, Frédéric Gagey, considère qu’une recapitalisation est indispensable.
La sortie médiatique de Wopke Hoekstra a fait réagir en France. Lundi, Bruno Le Maire a répondu en tenant un discours inverse. "Nous, nous ferons ce qui est nécessaire pour garantir la survie d’Air France", a-t-il déclaré sur France 2, sans pour autant accorder de blanc-seing total à l’entreprise et ses dirigeants : "Nous demanderons aussi des efforts à Air France en termes de compétitivité, en termes de lutte contre le réchauffement climatique". Sur Europe 1, le ministre des Transports Jean-Baptiste Djebbari a également défendu la ligne actuelle, estimant que l’effort actuel était "pour l’instant proportionné au scénario" de reprise du trafic : "personne ne sait dire à quoi ressemblera le trafic début 2021". Une manière de surtout ne pas imaginer le pire.
Les divergences ne s’estompent pas entre Néerlandais et Français, qui illustrent une différence de conception sur ce que doivent être la gestion d’une entreprise et le rôle de l’Etat. Depuis plusieurs années, les premiers reprochent aux seconds de ne pas jouer le jeu dans la rationalisation d’Air France-KLM de crainte d’envenimer les relations déjà tendues avec les syndicats – face à la "responsabilité" des partenaires sociaux néerlandais. Le grand écart s’est ainsi creusé entre la contribution de la compagnie néerlandaise et la Française. En 2018 par exemple, KLM avait généré plus de 80% du résultat d’exploitation du groupe. La dégradation de la confiance a amené La Haye, l’année dernière, à monter au capital d’Air France-KLM en catimini à hauteur de 14%, se trouvant à égalité avec l’Etat Français.
La sortie médiatique du ministre des Pays-Bas est une manière de rappeler Paris à ses responsabilités, que la pandémie ne saurait éluder, et que, contrairement à la France, La Haye n'est pas prêt à sacrifier tous les principes de bonne gestion pour des questions de politique intérieure.
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