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Air France-KLM / transport aérien / Compagnie aérienne
Air France-KLM désespère ses actionnaires
Les quelque 10 milliards d’euros de liquidités apportées grâce aux Etats français et néerlandais à Air France-KLM pendant la crise sanitaire le laissaient entrevoir – c’est désormais une quasi-certitude : une recapitalisation du transporteur aérien sera indispensable.
Les résultats semestriels sont en effet catastrophiques et les perspectives bien floues. Air France-KLM accuse une perte nette de 2,6 milliards d’euros au cours du seul deuxième trimestre, dont 950 millions d’éléments comptables exceptionnels liés à la pandémie (principalement la dépréciation de ses flottes d’appareils) – qui s’ajoutent donc à l’effet provoqué par la perte de chiffre d’affaires (lequel s’est effondré de… 83% à 1,2 milliard d’euros). Pour l’ensemble du semestre, la perte atteint le montant abyssal de 4,4 milliards d’euros. Le transporteur affiche également une perte d’exploitation, qui atteint 2,37 milliards d’euros. Au niveau des compagnies elles-mêmes, Air France et KLM ont respectivement enregistré au premier semestre une perte d'exploitation de 1,594 milliard et de 768 millions d'euros.
A l’activité presque nulle des mois d’avril et mai a succédé une reprise extrêmement lente : contrairement à la distribution, qui a pu profiter d’un certain engouement des consommateurs locaux après deux mois de confinement, le transport aérien international subit encore de nombreuses restrictions, en particulier sur le long courrier, et les changements de comportements de la clientèle.
Pour preuve, l’activité d’Air France-KLM ne représentait le mois dernier que 8% de celle de juin 2019 et les compagnies du groupe "augmentent prudemment leur capacité pour les mois d'été", indique-t-il dans un communiqué. En outre, les voyageurs préfèrent attendre la dernière minute pour réserver et le "rétablissement de la classe affaires s'engage de manière plus lente que le tourisme", a expliqué le directeur financier du groupe Frédéric Gagey, au cours d'une conférence téléphonique. A titre d’exemple, il compare les réservations pour le mois de septembre d’une année sur l’autre : le groupe avait déjà vendu 52% des sièges moyen-courriers en juillet 2019, contre seulement 18% actuellement. La visibilité est donc faible.
En conséquence, le groupe a réduit son offre commerciale pour les trimestres à venir : sauf évolution contraire de la demande, elle ne représentera au troisième trimestre que 45% de l’offre proposée un an plus tôt et 65% au quatrième. Dans son scénario de base, il prévoit d'exploiter en 2021 une offre réduite d'au moins 20% par rapport à 2019. Les prévisions de l’IATA (l’organisme international qui représente les compagnies aériennes) et de nombreux analystes (comme les agences de notation et les cabinets d’études) misent sur un retour de l'activité au niveau d'avant-crise vers 2024. Le groupe a du coup décalé d’un an (à 2025) tous ses objectifs financiers de moyen terme (dont une marge d’exploitation de 7 à 8%). Il vise un cash-flow libre ajusté positif en 2023.
La situation dans laquelle se trouvent Air France-KLM, qui a annoncé début juillet une très lourde restructuration de l’ensemble de ses compagnies, et la demande amène à se poser la question de la solidité financière du groupe. Si au 30 juin, il disposait de 14,2 milliards de liquidités et lignes de crédits (dont les 7 milliards accordés par la France et les 3,4 milliards par les Pays Bas), ce qui lui a permis de traverser la tempête, le bilan s’en retrouve profondément fragilisé. Sa dette nette a bondi de plus de 1,8 milliard d’euros au premier semestre, pour flirter avec les 8 milliards fin juin. Elle représentait à cette date 4,8 fois l’Ebitda du groupe, contre 1,5 fois le 31 décembre 2019 (la compagnie veut réduire ce ratio à 3 fin 2024).
Du coup, une recapitalisation n’est clairement pas exclue à terme, alors que les Etats français et néerlandais détiennent chacun 14% d’Air France-KLM. "Il est clair que nous aurons besoin d'argent frais. Nous ne pourrons pas assumer l'ensemble de nos remboursements sans opération sur notre bilan", a confirmé Frédéric Gagey. "J'estime qu'avec les 7 milliards d'euros qui ont été accordés, Air France peut voir venir d'ici la fin de l'année. Mais si à un moment ou à un autre, le trafic aérien ne reprendrait pas et que la situation économique restait difficile, Air France pourra compter sur le soutien de l'Etat", a de son côté assuré ce matin le ministre de l'Economie Bruno Le Maire. L’action a chuté de 4,6% en début de séance ce matin, avant de se reprendre quelque peu à -2% peu avant 13h30 (à 3,5 euros). Depuis le début de la semaine, le titre Air France-KLM a reculé de plus de 12% et de 65% depuis le 1er janvier.
Une vague de recapitalisation est d’ailleurs très probable dans l’ensemble du secteur. Après une perte nette de 3,8 milliards d’euros au premier semestre publiée ce matin, IAG, le groupe qui réunit notamment British Airways et Iberia, a annoncé son intention de lever 2,75 milliards d’euros pour renforcer sa solvabilité face au contexte. L’opération devra être approuvée en assemblée générale le 8 septembre.
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