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Société Générale / Crédit du Nord / Banque de détail
En quête de solutions, la Société Générale se penche sur ses réseaux
Les entreprises l’ont dit, la crise sanitaire a été un formidable accélérateur de tendances. Dans la banque, le confinement a provoqué l’explosion des usages des services à distance, remettant sur le devant de la scène l’épineuse question de la densité des réseaux d’agences – épineuse car porteuse d’une dimension sociale forte dans des pays comme la France (en termes de risque de rationalisation de personnel et d’inégalité des territoires).
Deutsche Bank a ouvert le bal mardi en annonçant la fermeture de 100 agences outre-Rhin, soit 20%, tout en ouvrant des zones de libre-service pour ses clients dans 800 agences Postbank (l’établissement allemand détient la banque postale). Motif : profiter des changements d’habitude des consommateurs depuis la pandémie de coronavirus.
La Société Générale lui a emboîté le pas : elle annonce aujourd’hui qu’elle réfléchit à fusionner ses deux réseaux, à savoir son réseau de l’enseigne Société Générale et celui du groupe Crédit du Nord, agglomération de neuf réseaux en province (Crédit du Nord, Société marseillaise de crédit, Banque Courtois, Banque Kolb, Banque Tarneaud, Banque Laydernier, Banque Nuger, Banque Rhône-Alpes et Société de Banque Monaco) et de la néobanque pour professionnels Prismea. Les deux jambes cumulent 9,7 millions de clients, dont 7,3 millions pour la Générale.
Quel intérêt y a-t-il à fusionner des réseaux d’un même groupe bancaire ? Principalement supprimer les doublons dans les agences et fusionner les systèmes informatiques, vitaux et extrêmement coûteux. Mais cela peut représenter une gageure si l’on s’y prend mal : en atteste les mésaventures de HSBC France, qui n’a jamais pu harmoniser son système avec ceux de la Banque Hervet et du Crédit Commercial de France qu’il avait acquis au début des années 2000.
Dans son communiqué, la Société Générale explique qu’elle veut remplir trois objectifs : "maximiser la satisfaction de nos clients actuels et futurs en se fondant sur l’expertise des équipes", "avoir un modèle plus efficace […] grâce à une gouvernance régionalisée, à des processus de décision plus rapides et à une nouvelle accélération de notre stratégie digitale" et "bénéficier d’importantes synergies, permettant de renforcer la rentabilité de l’un des principaux métiers de Société Générale". Ce projet sera-t-il suffisant face aux difficultés que traverse la banque de La Défense ?
En termes d’implantation, la Société Générale peut espérer ici ou là générer des économies en fusionnant des agences en centre-ville, en créant des agences "aux expertises plus larges", comme elle l’explique à Wansquare. Mais cela reste marginal. Pour une raison simple : le groupe dirigé par Frédéric Oudéa a constitué le réseau Crédit du Nord pour mieux atteindre certaines clientèles en région, notamment les professionnels et les chefs d’entreprise. Donc les économies de doublon seront limitées. A l’opposé, la Société Générale stricto sensu est plus active dans la banque à distance ; on peut donc estimer que son expérience pourra être dupliquée et facilitera une rationalisation ultérieure des agences, post-fusion.
Les systèmes d’information sont encore différenciés, même s’ils sont gérés par la même équipe "IT". Des sources d’économies importantes existent donc. Mais elles n’ont pas encore été chiffrées, puisque le projet de fusion en est encore au stade de l’étude.
Autre source d’économie potentielle, les Etats-majors : entretenir deux équipes dirigeantes est évidemment coûteux et n’est pas facteur d’unification des décisions. Le communiqué n’en parle pas explicitement, mais interrogée par Wansquare, la banque a assuré que "toutes les questions seront étudiées".
Ce projet reste encore difficile à évaluer, étant donné sa précocité. Mais il doit se comprendre dans les interrogations de la Société Générale face à son avenir : après des pertes importantes au premier semestre et une capitalisation boursière à la cave (elle représente 6,5 fois moins que ses fonds propres), le groupe n’a jusqu’à maintenant mis en avant qu’un plan d’économies et un remaniement de son management. Du coup, le marché se perd en conjecture sur des transformations d’ordre plus fondamental, d’où les récentes rumeurs relatives à sa filiale de gestion Lyxor, tandis que l’établissement est perçu comme une cible potentielle dans le cadre de la concentration du secteur bancaire en Europe. C’est pourquoi la fusion des réseaux peut également être une manière d’enlever un argument d’optimisation à d’éventuels prédateurs – même si aucun candidat potentiel ne semble aujourd’hui émerger de manière particulièrement évidente.
Les investisseurs n’ont d’ailleurs pas été bouleversés par l’annonce : le titre a clos en baisse de 0,9% alors que le CAC 40 terminait en hausse de 0,6%.
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